BHL en Libye, ou l'Arme d'Intoxication Massive.

Publié le par Robert Willard

Quiconque a le plus petit attachement à la notion d'objectivité doit se poser de sérieuses questions à propos des informations que nous recevons de Libye.

 

Il y a eu semble-t-il une importante manifestation d'opposants à Kadhafi à Tripoli hier. Evidemment les troupes fidèles au  fou sanguinaire  l'ont dispersée avec la dernière sauvagerie en tirant... des gaz lacrymogènes. Cette surprenante modération est en totale contradiction avec ce que l'on pouvait attendre au vu du tableau d'extrème violence dépeint jusqu'à présent par nos médias.

 

Elle est en revanche cohérente avec la demande faite par Kadhafi auprès de l'ONU, de lever les sanctions établies suite à la répression subie par les opposants : le "Guide" soutien en effet que  cette répression a été "mesurée" et ne justifie pas de mesures de rétorsions internationales.

 

Il a été mentioné "six mille morts non confirmés (sic)" : non confirmés et pour cause : on est très loin de ce compte en additionnant les morts évoqués dans les différentes dépêches, même en incluant les tués lors des combats armés de ces derniers jours (qui ne sauraient être assimilés à des civils manifestants assassinés par des forces de l'ordre fanatiques).

 

Le plus grand nombre de tués récents concerne l'explosion survenue dans un dépôt de munition près de Benghazi aux mains des insurgés : 27 morts - explosion dont l'origine reste d'ailleurs inconnue (un accident n'est donc pas exclu). Et quand bien même sagirait-il d'un sabotage perpétré par un commando pro-Kadhafi, se serait un acte de guerre tout à fait conventionnel, puisque guerre, clairement, il y a.

 

Sinon, les dépêches font rarement état de plus de quelques morts lors d'un événement particulier : un chiffre supérieur à la dizaine reste exceptionnel.

 

Pas de quoi atteindre, même de très loin, les six mille morts qui ont marqué les esprits - confirmés ou pas.

 

Autre motif de méfiance : les "informations", relativement nombreuses, dont on découvre, au détours des articles, qu'elles ont été recueillies par téléphone, auprès d'insurgés. On peut concevoir de plus probants gages de fiabilité...

 

Mais le pire en matière de n'importe-quoi journalistique reste probablement à venir, puisque depuis deux jours BHL en personne est en Libye, où il joue au grand reporter pour l' AFP. Ces premiers comptes-rendus sont bien tels qu'attendus : il attire notre attention sur le redoutable armement de Kadhafi, notamment ses avions "capables de provoquer un grand embrasement pétrolier" (une rengaine déjà chantée lors de l'invasion en  Irak) et de "mitrailler la foule à Benghazi" (car Kadhafi mitraillerait la foule à Benghazi mais pas à Tripoli) - et exhorte bien entendu à une intervention internationale dans les plus brefs délais.

 

Pour mémoire de l'objectivité en ces circonstances de cette andouille chevelue, de ce terroriste intellectuel grand défenseur de la loi Gayssot, rappelons qu'il fut l'ardent promoteur de l'image sanguinaire des Serbes, et héroïque des Bosniaques, lors du célèbre siège de Sarajevo (dont il est avéré que les musulmans bosniaques la bombardèrent), qu'il hurla au crime contre l'humanité  à Srebrenica (dont il n'existe aucune preuve), et appuya l'entrée en guerre contre l'rak en 2003 (son "ami Massoud" lui avait dit que Saddam détenait des armes chimiques de destruction massive).

 

BHL en Libye, c'est donc l'assurance que nous allons bientôt entendre parler de génocide, de crimes de guerre et contre l'humanité, qui constituent son fonds de commerce médiatique. Notons que son principal interlocuteur, le président du Conseil National des insurgés, est l'ex-ministre de la justice de Kadhafi, semble-t-il plusieurs fois démissionnaire, en protestation contre diverses injustices, et réintégré dans ses fonctions jusqu'à sa dernière démission le mois dernier.

 

Un parcours étrange commencé en 2007, supposant une incompréhensible mensuétude de la part du Kadhafi que l'on nous dépeint - et qui n'est pas sans évoquer celui d'Albert Speer auprès de Hitler (auquel, d'ailleurs, ce fameux ministre assimile subtilement Kadhafi en déclarant qu'il se suiciderait "comme Hitler"). Ce personnage nous semble devoir mériter, au minimum, une certaine circonspection, en attendant d'en savoir plus (car le parallèle avec Albert Speer ne constitue pas un compliment, bien au contraire).

 

Encore une fois nous ne défendons pas Kadhafi. Nous ne savons pas grand chose de ce qu'il a fait pour ou contre son peuple - notre propos n'est pas là. Nous pouvons imaginer qu'il ait été une authentique ordure méritant renversement, jugement et condamnation. 

 

Ce que nous ne voulons pas, c'est être pris pour un couillon. Or il nous semble, tout-à-fait objectivement, qu'il y a matière à penser que c'est ce qui se passe avec l'affaire libyenne. Nous nous permettons donc, très modestement, d'attirer là-dessus votre attention.

 

A toutes fins utiles.

 

Bob Willard

05/03/2011

 

 

 

 

 

 

 

 

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