Capello, Ribéry, Libye, Japon : tour d'horizon

Publié le par Robert Willard


LAURENT GERRA : "RIBÉRY AUSSI" ! par bayardland

(Cette chronique aurait dû paraître hier, mais un problème de connexion internet en a retardé la publication.)

 

 

Commençons par rendre un modeste hommage, si vous le voulez bien cher lecteur, à M. Capellovici, notre légendaire "Maître Capello", disparu hier. Nous l'aimions bien. Il était d'un autre temps, représentant d'une France en voie d'extinction que nous n’avons pas fini de regretter.

 

Ce même jour Franck Ribéry nous gratifiait d'un surréaliste mea-culpa en conférence de presse. Vautré sur son pupitre, le regard mauvais et la bouche torve, il a ânonné pendant trois minutes un texte consternant qu'il lisait comme défèque un constipé. Mea-culpa très relatif d'ailleurs, et combien révélateur de la psychologie du personnage, puisqu'après avoir péniblement accouché d'excuses dont il ne pensait très manifestement pas un mot, il a conclu son intervention en avertissant qu'il allait, "bien sûr", "s'expliquer avec Gurcouf" - "s'expliquer" étant à entendre, supposons-nous, au sens de la cité dont il vient. Un grand moment, donc, sur lequel plana un instant l'ombre de Maître Capello - avant de s'enfuir bien vite, loin, très très loin du cauchemar incarné par Franck Ribéry.

 

Qui dit Ribéry dit islam (Franck Ribéry s'est converti à l'islam il y a quelques années), qui dit islam dit FN, et qui dit FN dit élections cantonales. Il semble bien qu'il se passe quelque chose avec ces élections. L'UMP en pleine déconfiture, et le PS moralisateur, sans surprise, rejouent le vieux coup de la diabolisation du FN pour récupérer des voix au second tour – un scénario vieux comme les hémorroïdes de Louis XI. Mais le public ne semble pas vraiment accrocher cette fois. Et l’UMP lui-même n’est pas unanime dans sa diabolisation.

 

On dirait qu’un tabou est en train de sauter – celui de l’adhésion aux thèses du FN. De plus en plus de gens osent dire des choses totalement inconcevables il y a quelques années. Eric Zemmour, qui a certes été condamné pour ses propos, mais avec sursis ; puis cette députée UMP dont nous avons oublié le nom, qui suggérait de « renvoyer les bateaux » d’immigrés. Sans oublier l’étude de ce sociologue qui rattache, statistiques à l’appui, délinquance et origines ethniques. Bien sûr il y a des réactions – mais bien molles, finalement. Quelque chose semble craquer. Une fissure est apparue. Pourvu qu'elle soit évolutive !

  

En compétition avec les cantonales dans l’actualité, on trouve bien sûr les événements de Libye. Ce pays est le théâtre d’une guignolade comme on n’en avait pas vue depuis longtemps. Sarkozy a obtenu ses « frappes » et peut à présent jouer au chef de guerre – on imagine avec quelle jouissance, cet arriviste mégalomane ! Frappe contre quoi, au fait ? Ce n’est pas très clair. En fait, le principal souci de la colossale armada aérienne mobilisée semble être de se trouver des objectifs, la destructions de ceux-ci, une fois identifiés, relevant de la formalité. Quant à l’exploitation des destructions : mystère et lait caillé ! Les insurgés semblent incapables d’autre chose que palabrer, gesticuler, avancer en désordre, reculer en panique, ou, s’il y a des caméras, cracher sur des drapeaux et brandir farouchement leurs kalashnikovs. Une bande de fanfarons qui ne doivent toujours pas en revenir d’avoir fait venir à leur secours les aviations militaires des plus puissants pays occidentaux.

 

La démocratie leur va comme la théorie de la Relativité à un nourrisson.

 

Quant aux Occidentaux, donc, le moins que l'on puisse dire est qu'ils ont l'air embarassés. Ils ne veulent pas s'engager au-delà des frappes aériennes, disent-ils ; ils souhaitent que les insurgés mettent eux-mêmes Kadhafi à la porte. Mais Kadhafi ne semble pas vouloir lâcher le morceau, et même sans avions il a les moyens de coller la pâtée aux amateurs qui s’agitent depuis Benghazi . C'est donc compliqué. Les coalisés comptent-ils affamer les Libyens par blocus pour contraindre ses fidèles à abandonner Kadhafi ? On sait bien qu’une guerre ne peut se gagner par l’aviation seule ; et il n’y a personne en Libye pour prendre le relais à terre. Alors ? ET MAINTENANT ?

 

Tout ça est tellement tordu et sans queue ni tête que les Américains n'y participent, manifestement, qu'avec de grandes réticences - voir l'empressement avec lequel ils mettent en avant le caractère européen de l'initiative. Aux dernières nouvelles, d'ailleurs, ils envisagerait - déjà - de réduire très sensiblement leur participation matérielle, au motif que, manifestement, les seuls moyens européens suffisent. Ils ont l'air de trouver que, décidemment, la patate est encore un peu trop chaude...

 

Restez à l’écoute, cher lecteur, car la suite, quelle qu’elle soit, sera savoureuse.

 

Tout cela nous fait un peu oublier les Japonais. Ce peuple discret et discipliné n’est pas très télégénique – tout l’opposé des Arabes, en fait. Le risque de catastrophe majeure semble écarté à Fukushima, cela suffit à ce que les médias s’en détournent, tels un essaim de mouches bleues d’un étron desséché. Les Japonais vont reconstruire – et voilà tout.

 

Les Japonais s’en sortent toujours.

 

Bob Willard

23/03/2011

 

Publié dans société

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