"Décidemment, le nucléaire, c'est pas leur truc ! "

Publié le par Robert Willard

 

"Décidemment, le nucléaire, c'est pas leur truc !" (sic)

 

C'est le commentaire tout en finesse dont nous fûmes gratifiés hier matin par un client, au petit-déjeuner, tandis que la radio diffusait les dernières nouvelles du Japon. Et, de fait...

 

japonPauvres Japonais !

 

On dirait que s'abat sur leur pays une version moderne des "dix plaies" qui frappèrent l' Egypte il ya trente-cinq siècles. L'empereur Akihito n'a pourtant rien de Pharaon - et l'industrie japonaise emploie peu d'esclaves juifs.

 

Mais Dieu a vraiment l'air fâché après eux. Veut-il les punir de ne plus faire d'enfants ? Ou d'être incapables de sortir de cette  crise larvée qui érode leur richesse depuis vingt ans ? Rien de tout ça ne semble mériter une pareille sanction ;  mais les desseins divins sont impénétrables, paraît-il.

 

Il est aussi possible que Dieu n'y soit pour rien. La Terre a bougé, d'une façon non prévue par les planificateurs japonais - et voilà tout. Les fabriquants d'immeubles ont fait du très bon boulot ; on a pu voir des tours de trente mètres de haut se balancer comme des roseaux sous la brise lors de la secousse, sans qu'une seule vitre soit brisée. Il y a eu très peu de dégâts occasionnés par le tremblement de terre lui-même.

 

Mais en ce qui concerne le dimensionnement des digues côtières, il y a eu un gros loupé. A moins que la construction des digues réellement efficaces contre un évènement de cette magnitude n'aient coûté beaucoup trop cher, eut égard à la probabilité d'occurence ? On ne peut pas se protéger de TOUT.

 

Quoi qu'il en soit, voilà. Des dizaines de milliers de Japonais se retrouvent sans maison, sous la neige, et menacés d'irradiation. Dans l'attente de nouvelles d'autres milliers, famille, cousins, amis - disparus ou sans moyen de communication. Avec un courage, une dignité et une discipline qui forcent notre respect.

 

Certain ne voient dans cette attitude que la manifestation du déni de réalité, ce trait de caractère particulièrement saillant chez le peuple japonais.

 

Ce trait de caractère est une réalité. Notre propre père nous avait rapporté comment il l'avait découvert lors d'un voyage professionnel à Kyoto en 1980. Pour autant que nous nous souvenions, voilà ce qu'il nous avait raconté : tout comme on trouve chez nous des blagues imprimées sur le verso des emballages de carambars ou autres sucreries, au Japon on trouve des espèces d'oracles, sensés, donc, vous révéler un pan de votre avenir. Les Japonais en sont paraït-il friands, et ils ont une manière bien à eux d'en tenir compte : si l'oracle est positif, tout baigne ; s'il est négatif, le papier est aussitôt accroché à une cordelette dédiée à cet effet - qui piège son mauvais esprit. D'où la présence, dans certains magasins, voire dans les rues, de longues cordelettes pendouillantes auxquelles étaient accrochés les oracles indésirables, comme des mouches à un serpentin adhésif.

 

Les Japonais prennent ce qui est agréable ; et ils nient facilement l'existence de ce qui les dérange. (En quoi ils ont semble-t-il inspiré certains de nos élus nationaux, pour qui il n'y a pas de "problème d'immigration" en France.)

 

Qui qu'il en soit, le peuple japonais est un authentique grand peuple. Peu importe qu'il nous soit parfois incompréhensible, il nous montre l'exemple de vertus qui gagneraient à être universellement répandues, et cultivées avec autant d'application. L'intelligence, l'ardeur au travail, la ténacité dans l'effort, la pugnacité dans l'adversité. Le sens du sacrifice, de la dignité et du civisme. L'esprit collectif. La pudeur.

 

D'accord, ils se débarassent des oracles dérangeants. Mais seulement vingt-trois ans après l'anéantissement complet de leur pays en 1945 (militairement, économiquement, industriellement et presque culturellement), ils l'avaient amené au rang de deuxième puissance économique mondiale - sans bénéficier d'aucune ressources de matières premières.

 

(A comparer avec ce qu'on fait les Algériens depuis cinquante ans qu'ils ont leur indépendance, avec l'apport financier des mannes pétrolières et gazières. Pas comparable dites-vous ? Peut-être. Mais quand même.)

 

Les Japonais ne sont pas des rigolos, cher lecteur. Ce sont des durs. Des durs vieillissants, c'est vrai. Mais qui pourraient bien nous donner, une fois encore, une sacrée leçon.

 

Nous sommes, de tout coeur, avec eux.

 

Bob Willard

17/03/2011 

 

 

 

 

   

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