Deutschland Über (pas tout à fait ) Alles (mais presque)

Publié le par Robert Willard

L'Allemagne est à l'offensive en Europe, cher lecteur. 

 

Le président de la BCE Jean-Claude Trichet s'en va le 31 octobre de cette année. Jusqu'à présent l' Allemand Axel Weber était candidat, et favori, à sa succession. Weber est le patron de la Bundesbank. C'est un dur de dur de l'orthodoxie financière, élevé à cette école dont la référence suprême est l'hyperinflation survenue sous la Répulique de Weimar. Inutile de compter sur lui pour les "assouplissements quantitatifs" ni quelque bidouillage monétaire que ce soit pour régler les problèmes présents et à venir.

 

Il était opposé au rachat par la BCE d'obligations des états en délicatesse financière.

 

Un homme, en somme, qui avait tout pour déplaire aux "marchés".

 

Pour une raison encore peu claire, Weber a subitement retiré sa candidature. Il a pris tout le monde de court, y compris Angela Merkel qui le soutenait très officiellement. Notre Lagarde nationale en a été, quant à elle, "stupéfaite", de son propre aveu. C'est, sinon suspect, du moins étrange.

 

Les autres candidats potentiels sont réputés plus souples quant à leur conception du rôle de la BCE, et donc davantage financiaro-compatibles avec  les exigences des grands acheteurs de dettes d'états. Parmi eux, Mario Draghi, actuellement gouverneur de la Banque d'Italie. Son CV mentionne, parmi ses faits d'armes professionnels, quatre années en tant que directeur de la filiale européenne de Goldman Sachs. Il paraît qu'il n'est pas franchement favori.

 

En fait, ce qui nous sauvera le plus sûrement du signor Draghi, ce n'est pas tant l'impopularité de son label "GS" que les accords passés avec l' Allemagne : en échange de sa contribution au sauvetage grec, puis de son accord à la constitution du "fonds de soutien européen", il lui a été concédé le choix du remplaçant de J.C. Trichet.

 

Le futur président de la BCE ne sera donc pas aussi "raide" que A. Weber, il ne sera peut-être même pas Allemand (faute de candidat) - mais il devra complaire avant tout à l' Allemagne (sine qua, NEIN !).

 

Parallèlement à cela, l' Allemagne (et son partenaire-croupion français) "proposent" à la Zone Euro un Pacte de Compétitivité visant à accélérer et consolider l'intégration des différentes économies - lequel Pacte ressemble beaucoup à un alignement pur et simple sur le modèle économique teuton. Nous n'avons pas de boule de cristal sur notre bureau, ni ne lisons l'avenir dans les tripes de corbeaux, mais nous présentons des difficultés pour les pays qui déclineront cette "proposition".

 

Oui cher lecteur, l'Allemagne gronde et grogne ; elle se tortille dans la Zone Euro, entravée et compressée comme un obèse dans un fauteuil d'avion. En sortir serait risqué ; mais y rester l'est aussi, avec tous ces "partenaires" irresponsables pour l'incurie desquels elle est tenue de payer. La seule solution "raisonnable" de son point de vue  est donc, clairement, la mise au pas d00-JeTravailleEnAllemagnee ces partenaires : puisqu'elle ne peut les quitter, il lui faut les neutraliser - c'est-à-dire leur faire adopter son modèle socio-économique.

 

L'Allemagne se retrouve ainsi une fois encore en posture d'assujettir ses voisins européens. Rien de commun, dans ses motivations, avec ce qui nous a valu la Seconde Guerre Mondiale. On fera un parallèle beaucoup plus éclairant avec les prémisses de la Première Guerre Mondiale - où le Deuxième Reich voulait jouer un rôle géopolitique mondial à la hauteur de sa nouvelle et énorme puissance industrielle, scientifique, économique et démographique (aspirations étouffées par l'Angleterre déclinante et la France assez légitimement inquiète).

 

En 1914-1918 la France a fait front et collé un grand coup de brodequin ferré au cul de ce voisin envahissant. En 1940, elle s'est dressée de nouveau face à lui, mais... on connaît la suite. En 2011, non seulement elle ne se dressera pas, mais elle est désormais à la remorque de l'Allemagne, toute admiration déclarée et pantalon baissé.

 

Certes, il y a objectivement beaucoup à prendre et à apprendre du modèle allemand.

 

Mais c'est tout de même humiliant. 

 

Robert Willard

14/02/2011

 

 

 

Publié dans europe

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