Et maintenant, le FME !

Publié le par Robert Willard

On se demandait quand ça allait arriver, cher lecteur. Eh bien, nous y voici, ou en tout cas, c'est en bonne voie : bientôt présent au rayon des institutions européennes, déjà pléthoriquement garni de merveilleuses usines à gaz,  le FME. Ou Fonds Monétaire Européen. Ou Fucking Machine pour vos Economies.
Officiellement, chaque état de la Zone Euro est statutairement responsable de la gestion de ses finances, et il est INTERDIT à un autre état membre d'intervenir pour le soutenir. En gros, qui contracte des dettes, les paye.
Voilà une mesure qui semble empreinte de bon sens : elle avertit les états membres du fait que bénéficier de la "protection" zone-européenne ne signifie pas "chèques en blanc à volonté".
Chacun restant pleinement seul et unique redevable de ses dettes, on prévient ainsi - tout au moins on ne fait rien pour encourager - les dérapages budgétaires.
Cette mesure a de toute évidence été conçue PRECISEMMENT pour le cas de figure que nous rencontrons aujourd'hui, c'est-à-dire la faillite potentielle d'un état membre pour cause de mauvaise gestion.
Enfin... On pouvait le penser. Mais il s'agissait en fait d'un bluff, d'une clause bidon probablement imposée par l'Allemagne à destination de ses eurodéputés, histoire de les rassurer (les Allemands ont très peur d'avoir à payer pour l'inconséquence des autres). C'était une arme de DISSUASION, que personne n'envisageait d'utiliser réellement tant les effets en sont potentiellement dévastateurs et imprévisibles.
Mise au pied du mur par le tricheur Grecque, la bluffeuse Eurozone se déballonne à vitesse grand "v".
L'Allemagne a bien commencé par rappeler la clause de non-intervention ("démerdez-vous"!). Plus exactement, c'est Angela Merckel qui a d'abord renaudé, se faisant porte-parole de son opinion publique.
Mais la grande finance internationale l'a bien vite ramenée aux réalités : si la Grèce fait faillite, les banques allemandes en seront pour près de 30 milliards d'euros - dont 9 milliards pour la seule Hypo Real Estate, deuxième banque allemande nationalisée en catastrophe il y deux ans. Une addition qu'il n'est plus possible d'éponger aujourd'hui après la saignée de 2008.
Et nous ne parlons là que de la Grèce. Mais elle peut difficilement être discociées des autres PIIGS, et tout particulièrement de l'Espagne. Or les banques européennes sont engagées à hauteur de 900 milliards de dollars dans la dette de ces deux pays. Si on élargit à l'ensemble des PIIGS, l'Allemagne seule y est engagée pour 520 milliards de dollars...
La lumière de ces chiffres éclaire crûment le rapide revirement allemand quant au soutien à la Grèce et, plus largement, au projet de FME (nous y revenons).
La France, dont les banques ont 55 milliards d'euros de coincés en Grèce (combien dans les PIIGS ?), ne peut que déclarer, via son Sarkozy de président, que la "solidarité européenne" doit jouer et qu'il n'est "pas question" de "laisser tomber un membre de l'Union".(Derrière la France et l'Allemagne, l'Angleterre n'est pas la moins fébrile, qui détient 23% de la dette obligataire grecque avec l'Irlande.)
Et de lancer, puis soutenir, l'idée du FME, conséquence parfaitement logique de la fin du Bluff de la Non Assistance. Puisque de toute façon il est IMPOSSIBLE de ne PAS aider un pays de la zone euro en risque de faillite, sous peine de faire tout exploser (ou d'entraîner des frais de renflouement ultérieurs démeusurés), la création d'un FME s'impose en effet.
Nul doute que ce FME voie le jour, à plus ou moins long terme (sauf si tout le bazard explose avant !). La notion de communauté européenne prendra alors un sens nouveau, puisqu'il faudra désormais entendre, entre autres, "communauté de dettes" entre les états membres. De quoi mettre en joie les épargnants Allemands, qui paieront alors les frasques des PIIGS et autres "états adolescents" d'europe centrale ou d'ailleurs.
Les Français, qui épargnent au même niveau que les Allemands (environ 15% du revenu brut), goûteront eux-aussi, n'en doutons pas, cette belle manifestation de fraternité européenne.
Quant aux banquiers européens, ils organiseront probablement une "party" géante dans quelque palace situé en terre fiscalement accomodante, pour fêter l'avènement tant attendu du Parapluie Intégral Européen - qui permet de faire absolument n'importe quoi et de refiler la facture au contribuable, non plus à l'échelle simplement nationale (c'était déjà sympa, mais un peu "petit joueur" comparé aux USA) mais EUROPEENNE. La cour des Grands !

Bob Willard
09/03/2010






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