Et pendant ce temps là...

Publié le par Robert Willard

Le Maghreb est à l'honneur en ce moment, cher lecteur. Nos journaux télévisés nous déversent en boucle des images de foules hurlantes et basanées, sur fond de villes sales entourées de déserts caillouteux - sous un ciel immuablement bleu et vierge du moindre nuage.

 

Nous en avons plus appris en un mois sur la vie et l'oeuvre des Ben Ali, Moubarak et autres Kadafi, que durant les quarante dernières années. On ne nous épargne rien : d'où ils viennent, comment ils sont arrivés au pouvoir, s'y sont maintenus, les biographies détaillées des membres de leurs familles, le montant et la nature de leur fortune, qui les soutient, qui les a lâchés, qui les lâchera.

 

De fait, hélàs, la nature du monde d'aujourd'hui fait que ces évènements nous concernent, que nous le voulions ou non. Les Italiens de Lampedusa pourraient nous en parler, qui ont vu du jour au lendemain débarquer des milliers de Tunisiens qui fuyaient... qui fuyaient quoi, d'ailleurs ? Bref. Pour ces Italiens, la "mondialisation" a pris brutalement un sens extrèmement concret.

 

Il est donc important d'être informés de tout ceci - la question n'est pas là. Enfin, elle pourrait être là aussi, mais nous y reviendrons dans une prochaine chronique.

 

La question est, pour le moment, que pendant ce temps là...

 

Pendant que l'on nous gave jusqu'à l'écoeurement d'informations sur les secousses qui agitent le Maghreb (et une partie de l'Orient), de vilaines choses se passent, très importantes elles aussi, et nous concernant plus directement - mais dont on parle beaucoup moins, ou, à dessein, mal à propos.

 

Ainsi de la scandaleuse auto-humiliation nationale que représente le départ de notre ministre des Affaires Etrangères dans les conditions où il a eu lieu, c'est-à-dire sous la pression purement politicienne de notre "gauche" et celle d'une "opinion tunisienne" à peine sortie de l'hystérie révolutionnaire - avec accompagnement litanique d'excuses de toutes sorte, frisant la repentance pure et simple, et délégation de notre ministre de l'Economie pour humbles courbettes, cirage de babouches et prières de bien vouloir accepter nos millions d'euros d'aide via Plan Marshal, s'il vous plaît...

(Les tunisiens sont très suceptibles en matière d'aide : ils ont positivement craché à la face de l' Union Européenne qui leur proposait 17 M€ d'aide immédiate, en qualifiant la somme de "ridicule".)

La vraie information dans cette affaire, ce n'est pas l'éventuelle incompétence de MAM : c'est que Sarkozy est prêt à tout, absolument TOUT, pour quelques points de sondage : y compris relever les jupes de la France et donner son cul aux Tunisiens.

 

Ainsi aussi des résultats du sommet du G20 qui vient de se clore sous présidence française. Notre président nous avait annoncé des objectifs grandioses en terme de régulation des désordres monétaires et financiers qui chahutent les économies de la planète. En fait, il s'est heurté à un tir de barrage chinois concernant l'aspect monétaire - Pékin entend gérer à sa guise l'évaluation de son Yuan qui donne le la au reste du monde ; et il a essuyé un feu roulant anglo-américain sur la question financière, les deux compères ne voulant pas entendre parler de taxe sur les transactions qui mettraient un frein à la spéculation pure (laquelle représente 80% des échanges sur les places financières). Au final, le sommet aura accouché d'un accord très technique sur la définition d'indicateurs permettant de quantifier les déséquilibres monétaires, économiques et financiers mondiaux. Sur leur définition uniquement, notez bien. Pour leur usage, on verra plus tard...

Plus personne ne peut faire plier la Chine. Anglais et Américains feront sauter la planète plutôt que de renoncer aux profits financiers.

 

Ainsi enfin de la situation catastrophique de l'économie du Portugal, qui se prépare à faire appel au Fonds de Soutien Européen - quelques mois à peine après avoir assuré qu'il n'en ferait rien. Ceci doit nous rappeler que la zone euro va TRES MAL, et qu'il ne faut pas se laisser berner par l'optimisme affiché de quelques grands groupes internationaux (Renault et Peugeot par exemple) dont les profits attendus proviendront très majoritairement de leurs activités dans les pays émergents (qui, eux, vont très bien).

 

Oui, ça barde au Maghreb. Mais pendant ce temps-là, la Terre continue de tourner - et nous, de nous enfoncer.

 

Robert Willard

27/02/2011

 

 

Publié dans société

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