L'aventurier qui s'ignorait.

Publié le par Robert Willard

Bientôt la loi punira les parents d'enfants délinquants, cher lecteur. C'est en projet, en tout cas. Nous ne pensons pas que la loi puisse efficacement pallier l'irresponsabilité et l'incivisme foncier généralisés - mais là n'est pas l'objet de notre intervention.

 

Nous voulons simplement constater l'inexorable progression de la Loi dans notre société, qui s'étend sur nos vies comme la déforestation en Amazonie. Les espaces de totale liberté, les gestes non codifiés, que ce soit par le code pénal ou la police d'assurance de votre mutuelle complémentaire, se raréfient à grande vitesse. Nous ne sommes pas vieux (44 ans fraîchement sonnés), mais nous nous faisons l'impression, en nous rappelant notre enfance, d'être d'un autre temps, déjà.

 

Un temps où n'existait ni ceinture de sécurité, ni appui-têtes dans la plupart des automobiles; où personne ne savait trop ce que signifiait "pédophile" ; où l'on ne s'aspergeait pas de spray anti-septique à la moindre écorchure ; où il existait des épiciers non arabes ; où l'utilité de la fessée ne posait pas question ; où la baguette de pain coûtait 50 centimes.

 

Enfant, nous ne nous faisions pas l'impression d'être particulièrement baroudeur ou casse-cou. En toute innocence, sans troubler plus que ça la sérénité de nos parents, nous avons, avant huit ans :

 

- parcouru des centaines de kilomètres à bicyclette, seul, sans casque ni genouillères, sur des routes de campagne.

- effectué des trajets Paris - Lorient de nuit, couchés avec nos trois frère et soeurs dans le coffre du break Simca familial, sans aucune sécurité.

-creusé des  tunnels sous trois mètres (et plusieurs tonnes) de bottes de pailles dans une grange hors de vue de notre maison de vacance : les parents ne l'ont jamais su.

-exploré les recoins d'un étang à trois sur une barque (un cousin, mon frère et moi) : les parents l'ont su parce que mon cousin est tombé à l'eau et est donc rentré trempé. Il a pris une raclée, non pour avoir fait de la barque, mais pour avoir mouillé ses vêtements.

 

Nos parents nous ont laissés seuls aller à l'école si tôt, que nous n'avons même pas le souvenir du temps où ils nous accompagnaient.

 

A  onze ans, le dimanche matin (vers 6h00) nous partions, seul, travailler la matinée durant sur un marché en bas de la ville, à vingt bonnes minutes de marche pour gagner de quoi acheter des bandes dessinées.

 

A treize ans, nous faisions du porte-à-porte, seul, le soir, dans les tours d'une citée de Nanterre (nous habitions Puteaux, ville voisine) pour revendre notre collection de bande-dessinées (et financer ainsi l'achat d'un appareil photo)...

 

Ces souvenirs nous rendent profondemment tristes, cher lecteur. Non pas par nostalgie de nos jeunes années : mais parce que nous sommes assurés que jamais nos enfants ne pourront connaître l'équivalent de cette liberté simple et tranquille.

 

Les enfants ne peuvent plus quitter l'école s'ils ne sont pas accompagnés d'un adulte dûment autorisé. Faire du vélo sans casque est passible d'une amende. Un commerçant employant un enfant sur le marché est tout simplement inimaginable - s'exposant à des peines pour travail au noir, pédophilie, exploitation d'enfant et probablement d'autres encore que nous ne soupçonnons pas.

 

La peur règne à présent - hélàs parfois à raison. Le fait est qu'à l'aune de notre culture maladivement sécuritaire d'aujourd'hui, toute bardée de lois et de règlements, nous fûmes, sans le savoir, un authentique aventurier.

 

Bob Willard

01/07/2010

 

 

Publié dans société

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devis mutuelle 15/07/2010 00:43


bien interessant


ninon 01/07/2010 19:17


Réflexion sociologique intéressante.... On pourrait peut être en conclure que plus l'enfant est protégé plus il est en danger....J'ai retrouvé mon enfance à travers tes lignes. On était quasiment
livrés à nous meme, notre enfance nous a certainement forgé.....Un autre temps, une autre époque !