France, grève et démocratie : suite

Publié le par Robert Willard

Nous avons un début d'explication au foutoir social français.

 

Les Français n'ont rien compris à la démocratie. Ils la voient comme le cadre légal et policé au déroulement d'un RAPPORT DE FORCE permanent - point.

 

La seule idée de la possibilité d'un ralliement général à la politique adoptée à la majorité du suffrage universel - fait pouffer. "Ecris donc un bouquin, ça nous fera toujours marrer !", nous a-t-on répondu.

 

La démocratie à la française n'est pas le lieu de la reconnaissance de la VALEUR SUPERIEURE de l'opinion de la majorité : elle semble n'exister qu'en creux, comme la résultante instable d'intérêts antangonistes dont aucun ne parvient à éliminer les autres (mais ce n'est pas faute d'essayer).

 

Ainsi s'explique d'ailleurs l'invraisemblable fouillis des "régimes spéciaux", qui fait l'admiration narquoise de nos voisins. Fruits des combats corporatistes, dont les "acquis" s'empilent depuis plus d'un siècle, les plus généreux de ces régimes ne concernent pas les corps professionnels les plus nécessiteux - mais ceux dont le pouvoir de nuisance est le plus élevé : c'est dire la place qu'occupe l'intérêt général dans leurs revendications.

 

Le Français, à la vérité, n'aime pas la majorité, comme il n'aime pas les vainqueurs, ni les règlements (chose très paradoxale, car par ailleurs en France tout doit être règlementé). Il n'est jamais si fier de lui que lorsqu'il a le sentiment d'avoir floué son monde (tout particulièrement l'administration fiscale). Gagner lui est plus doux s'il a, en plus, berné les juges. Le "système D", spécialité française autoproclamée et source d'orgueil national, atteind au comble de la popularité lorsqu'il permet de détourner à son profit personnel la richesse collective. L'escroc au FISC a l'oreille admirative de tous, celui qui travaille dur et paie ses impôts est un crétin qui n'a "rien compris".

 

"Pour vivre heureux vivons cachés", a écrit Claris de Florian pendant la Révolution. Il vaut mieux en effet cacher sa richesse, car le Français est aussi volontiers envieux (il n'aime le vainqueur que si c'est lui qui gagne : il fanfaronne alors volontiers de manière excessive et ridicule).

 

(Nous parlons de toutes ces tares anti-démocratique d'autant plus librement qu'elles ne nous ont pas épargné. Nous sommes en effet, par certains côtés, à notre corps défendant toutefois, on ne peut plus Français.)

 

Il n'y a là, cela dit, rien de nouveau : ces traits de caractères peu gratifiants étaient déjà relevés par Jules César dans son " De la Guerre des Gaulles", dans ses descriptions de nos ancêtres Gaulois - qu'il ne put vaincre, rappelons-le, que parce qu'ils passaient leur temps à se taper dessus...

 

Quoi qu'il en soit nous sommes devant ce gigantesque paradoxe : le peuple qui se pose en père de la Démocratie moderne de par le monde, qui ne cesse de donner, en cette matière, leçons, jugements et sentences à tous les vents de la planète - ce peuple, cher lecteur, n'a pas l'âme démocratique. Mais sa Révolution lui sert de caution, comme l'unique combat victorieux d'un boxeur raté.

 

(Nous commençons à soupçonner que cette révolution n'est qu'un malentendu - comme un combat de boxe peut se gagner grâce à un lacet défait à la chaussure de l'adversaire)

 

Nous avons parfaitement conscience, bien entendu, que notre "conception de la démocratie" relève de la "politique- fiction" : c'est bien ce qui nous nâvre !

 

Enfin, pour conclure : non, nous ne souhaitons pas voir les retraités finir leur vie comme des clochards. Nous souhaitons à chaque travailleur (au sens strict du terme, et non dans son acception marxiste ridiculement réductrice) une retraite digne et paisible. Nous pensons simplement que le régime existant n'est pas le mieux adapté pour y parvenir - et que la réforme proposée, même si elle n'est pas parfaite, est davantage en phase avec la réalité. Mais c'est là une question en soi, sur laquelle nous reviendrons.

 

Bob Willard

21/10/2010

 

 

 

 

 

 

Publié dans société

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