Giscard is still alive

Publié le par Robert Willard

Nous subissons une coupure générale d’électricité, cher lecteur : de 8h30 à 9h30, notre bonne ville s’éclairera à la bougie. Nous n’attendons plus qu’un client de l’hôtel pour le petit-déjeuner, un habitué,  jeune et sympa. Il aura de l’eau chaude pour sa douche et son café fumera encore quand il descendra : nous tiendrons le choc.

Nous vous avons parlé de Giscard hier. Nous aimons parler de lui comme nous grattons nos démangeaisons : cela nous soulage, mais nous préférerions ne pas avoir à le faire.

Giscard a sévi sur son blog très récemment. (Cet homme ne peut pas ne pas avoir de tribune d’où dispenser son génie – et celle du Conseil Constitutionnel est sans doute trop étroitement spécialisée à son goût.) Il y exhorte le « peuple européen » à combattre la spéculation qui menace l’euro, en une lutte qu’il veut à la fois salvatrice et fondatrice du nécessaire renouveau européen. Sa harangue se termine par un « Vive l’euro ! » dont on devine qu’il l’a voulu grave et héroïque.

Evidemment, c’est ridicule – comme toutes les interventions de VGE. Mais combien révélateur ! Ce pauvre billet a en effet l’inattendu (et bien sûr involontaire) mérite de nous montrer tout Giscard d’un coup, en un panoramique remarquablement compact et exhaustif. En effet :

-on y voit l’homme coupé des réalités du monde, à l’instar de la clique européiste, qui nous parle en trémolant d’un imaginaire « peuple européen » dont il serait bien en peine de nous donner la moindre définition ;

-on y voit encore le financier qui défend l’euro qu’il a contribué à imposer, en affirmant que, sans lui, la crise eût été bien pire en Europe, du fait de la course à la « dévaluation compétitive » à laquelle se seraient certainement livrées les différentes nations. Rien n’est dit sur les colossaux déficits publics qui se sont substitués à cette dévaluation compétitive, en grande partie pour soutenir des pays « membres » peu regardant quant à leur orthodoxie financière et auxquels l’euro enchaîne tous les autres ;

-on y voit aussi le politicien de petite envergure, qui ne répugne pas à la démagogie la plus éhontée en désignant les « spéculateurs » à la fureur européenne, comme seuls responsables des malheurs de l’euro, et donc de l’ Europe – sans rien dire évidemment de l’ardeur qu’il a lui-même mise, il y a quarante ans, à livrer la dette publique aux caprices des marchés financiers ;

-on y voit également l’indécrottable mégalomane, qui, à quatre-vingt cinq ans, après avoir été progressivement refoulé des postes d’influence, s’être raccroché, comme un naufragé à une bouée, au Conseil Constitutionnel (où il siège non pas suite à élection, mais de droit, en tant qu’ex-Président), n e peut s’empêcher de créer son blog pour nous faire profiter, encore et toujours, jusqu’à son ultime souffle, de son génie politique ;

-et on y voit, enfin,  à quel point la France lui semble complètement dépassée (au sens de désuète) et de peu d’intérêt : son grotesque «[Et que] vive l’euro ! », consternant détournement du  traditionnel « Vive la France ! » clôturant les interventions présidentielles, le dit on ne peut plus clairement.

Ultime enseignement de cet article : Giscard écrit, décidemment, comme un pied.

Bob Willard

 21/12/2010

 

 

 

Publié dans société

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