Jack Lang, les pirates et le Syndrome Russe

Publié le par Robert Willard

Chose promise chose due, cher lecteur : nous avons lu le rapport de Jack Lang à propos somalie-mapde la piraterie somalienne. (vous pouvez en faire autant ici).

 

Nous n'avons pas véritablement qualification pour juger de ce que vaut ce document. Mais nous allons partir du principe qu'il tient la route - au moins pour sa partie "état des lieux". Après tout, Jack est expert ès juridiction, et, à voir les annexes du rapport, il a consulté une ribambelle d'autres experts sur les autres aspects du problème.

 

Que nous apprend l'état des lieux, donc ?

 

Que la lutte contre la piraterie somalienne est très difficle à mener (nous résumons). Mais peut-être l'aviez-vous déjà compris.

 

Pourquoi est-elle si difficile à mener ?

 

Jack Lang expose toute une série de raisons dans son rapport - parfaitement pertinentes nous semble-t-il, et détaillées, comme il convient à un rapport de conseiller spécial de l' ONU.

 

Il en ressort qu' apparemment le problème n’est pas tant d’attraper les pirates (750 ont été capturés, sur un effectif estimé d’environ 2000) que de s’en occuper, physiquement et juridiquement, après capture (9 sur 10 ont relâchés après destruction de leurs armes et embarcations, sans être autrement inquiétés).

 

Le fait est qu’il n’y a pour ainsi dire RIEN en Somalie. Le gouvernement est quasiment inexistant. La « piraterie » n’a même pas de définition juridique en droit somalien. Les bâtiments d’escorte, lorsqu’ils parviennent à intercepter un bateau pirate, n’ont pas de locaux pour y garder leurs prisonniers de manière sécurisée. A terre, il n’y a pas assez de place en prison. En admettant que les pirates soient condamnés, ils sont censés en prendre pour vingt ans ou perpète pour prise d’otage – un fardeau financier insupportable pour les fragiles finances somaliennes.

 

Et les pirates sont des miséreux qui n’ont RIEN à perdre.

 

En résumé, cher lecteur, la communauté marchande internationale est victime du Syndrome Russe.

 

Le Syndrome Russe :

En 1941, l’armée allemande s’est trouvée brutalement stoppée dans sa course vers Moscou du fait des « routes » russes, simples chemin de terre pour leur très grande majorité, qui se sont transformées en infranchissables bourbiers aux premières pluies d’automne. Les chariots s’y enfonçaient jusqu’aux essieux, les camions jusqu’au châssis, et les engins chenillés s’en sortaient à peine mieux, faute de chenilles suffisamment larges. L'armée allemande n'était pas adaptée au terrain : soit trop moderne (très dépendante de sa logistique et de son intendance, bloquées par la boue), soit pas assez moderne (beaucoup trop peu d'engins chenillés pour l'activité logistique - moins de 10% du matériel roulant). (A contrario, l'excellent réseau routier français, copieusement asphalté, nous a valu de prendre la déculotée que l'on sait.)

 

Nous voyons le même type de problématique se présenter avec la piraterie somalienne. Ici, la "communauté internationale" se trouve toute empêtrée de son contingent de lois, réglements, procédures et droits de l'Homme - dans une situation qui ne leur donne aucune prise. Il faudrait soit pouvoir "tirer dans le tas", sans plus de fioritures (être moins "moderne" : ce n'est pas la solution retenue par Jack Lang), soit déployer des moyens de police autrement considérables que ceux existant, assortis d'une aide au développement d'une infrastructure judiciaire et carcérale adaptée, ainsi qu'un plan concomittant de soutien à l'économie locale et la création d'une instance internationale supervisant la bonne exécution de l'ensemble (le top de la modernité : c'est la solution retenue par Jack Lang).

 

Nous pensons qu'une combinaison des deux solutions pourrait être des plus efficaces : dégommage des pirates ET aide à la Somalie, mais il est vrai que nous sommes vieux jeu...

   

Pour finir, trois chiffres de ce rapport (par ailleur très intéressant) nous laissent perplexe : depuis fin 2009, 33 "actes de piraterie" ont été recensés, à rapprocher des 25 000 navires circulant annuellement dans la zone incriminée (moins de 1,5 pour mille, donc) (page 13 du rapport) ; la solution proposée par Jack Lang pour remédier au problème de la piraterie coûterait 25 millions de dollars sur trois ans (l'actrice Cameron Diaz, pour le seul doublage d'un personnage du dessin animé Shrek IV, a palpé la moitié de cette somme) ; le coût total annuel de la piraterie somalienne : "plusieurs centaines de millions de dollars". musaraigne-copie-1.jpg

 

Peut-être ces chiffres ridicules traduisent-ils réellement une situation d'"urgence" pour la pérénité du

commerce mondial.

 

Ou bien traduisent-ils seulement l'inextinguible besoin de Jack d'occuper la scène médiatique - quitte à faire une montagne d'une pauvre musaraigne ?

 

 لا أدري ... (*)

 

Bob Willard

26/01/201

 

(*) : " Je ne sais pas ..." en arabe, une des langues officielles de Somalie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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