L'U.E. ou la Métastase Balkanique

Publié le par Robert Willard

Ces derniers jours nous avons vu s'affronter l'Allemagne et la Grèce, la première un brin isolée (mais que l'on devine soutenue par les pays anglo-saxons, privés de tribune officielle car non membres de la zone euro), la seconde très entourée par ses pairs latins. Les coups sont tombés drus, et parfois très bas.

Il était difficile de se souvenir que ces pays ont engendré les plus grands philosophes de l' Histoire. Kant et Platon étaient bien loins : on pensait plutôt à un pugilat entre Krupp et Nana Mouskouri.

L'Allemagne se posait en championne de l'orthodoxie, la Grèce en victime de la spéculation sauvage.

 

Mais, voyons voir : Allemagne vertueuse ou profiteuse, exportatrice qui ne consomme pas, donneuse de leçon rembarrée par Bruxelles pour déficits excessifs ; grecs tricheurs, inconséquents, dépensiers,  victimes des spéculateurs dont quelques banques possiblement allemandes - est-ce bien là le problème ?

 

Le problème n'est-il pas l'abbération de fond que constitue cette Zone Euro, où les disparités sont telles que l'ensemble ne peut tenir debout qu' en période de forte croissance généralisée ? Ou rien, manifestement, n'a été prévu pour les cas de stagnation, encore moins de récession - et ne parlons pas des dépressions !

 

Contemplée avec un peu de recul, cette construction est proprement stupéfiante d'invraissemblance et d'atteinte au bon sens. On fera un parallèle riche d'enseignements avec la construction des frontières européennes à l'issue de la première guerre mondiale. Beaucoup de ce qui a sous-tendu cet invraissemblable découpage géopolitique peut être retrouvé dans les motivations des bâtisseurs de l'Europe d'aujourd'hui : un savant mélange de nobles idées universalistes et de sordides calculs d'intérêts nationaux, besoin de protection, négation (et/ou méconnaissance) des identités et des constantes culturelles et historiques, etc.

 

A ceci près qu'une reconstruction s'imposait, au sens premier du terme, en 1918 - à la décharge des décideurs d' alors, il fallait bien faire quelque chose, et vite : nos européistes modernes n'ont pas cette excuse.

 

Nous avons là un chapitre terrible de notre histoire récente (qui eut pour conséquence directe, rappelons-le, la seconde guerre mondiale) qui nous montre tous les dangers des bouleversements de frontières et de l'occultation de l'importance des cultures dans le comportement des peuples : voyons-le, comprenons-le, et admettons que nous sommes allés trop loin, trop vite.

 

Le problème n'est pas l'Allemagne ou la Grèce : le problème, c'est l'Allemagne ET la Grèce contraintes à la cohabitation, en quelques années, là où un processus naturel d'acclimatation demanderait des siècles, voire ne se ferait pas du tout.

 

De Gaulle et Adenaueur doivent faire des triples saltos à répétition dans leur tombe au spectacle de ce qu'est devenue leur Europe des Nations : un pathétique Frankenstein géopolitique, une gigantesque métastase balkanique.

 

Qui va nous péter en pleine poire, un jour ou l'autre, forcément.

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