Le spectre de Weimar

Publié le par Robert Willard

Nous sommes passionnés par la période historique de la première moitié du 20ème siècle, cher lecteur. D'autres nous intéressent aussi bien entendu, mais celle-ci nous captive tout particulièrement. Elle est tellement riche qu'une vie suffit à peine à en faire le tour.

 

Nous pensons aussi que l'Histoire est le fait des hommes, et que les hommes ne changent pas : donc l' Histoire ne peut que se répéter, et donc il est légitime de tenter des parallèles entre des périodes différentes.

Il en est ainsi un qui nous vient, dont nous laissons la pertinence à votre jugement (nous ne sommes pas encore très sûrs de nous sur ce coup-là).

 

Nous ne pouvons nous empêcher, en cette période de très grave crise européenne, de retrouver dans les réactions de l' Allemagne celles qu'elle eut en 1929-1932. Il y eut alors une cristalisation du ressentiment autour du traité de Versailles et des réparations dont Hitler finit par profiter comme on sait (avant la crise les nazis étaient en pleine déconfiture, politique et fiancière, ainsi que l'attestent les jérémiades de Goebbels dans son Journal de l'époque). Toutes proportions gardées, on trouve d'étranges échos à cette attitude dans la récente et croissante contestation des vertus de l'euro et de l'eurozone. Il y avait la nostalgie de l'empire, il y a la nostalgie du mark ; les "réparations" sont devenues les "aides" aux  méditéranéens en faillite, dont l' Allemagne n'avait accépté l'entrée en eurozone qu'avec les plus vives réticences. Et ce même sentiment d' INJUSTICE : on payait au nom d'une culpabilité unilatéralement décrétée  par les vainqueurs de1918, on paye pour l'inconséquences budgétaire de pays frivoles et dépensiers.

Nostalgie, injustice : oui, décidemment, plus nous y pensons, plus nous trouvons comme un vieil air de famille à la posture allemande actuelle. Un air de Weimar...

 

Il sera très intéressant de suivre le discours politique des prétendants à la succession d' Angela Merkel. Nous nous attendons à le voir s'inflêchir nettement vers un repli identitaire à base d'exhaltation des bonnes vieilles vertus allemandes de travail et de rigueur (opposées aux laxisme et fainéantise des PIGS), avec allusions de moins en moins discrètes à ce bon vieux mark (abandonné à contrecoeur sur la base de promesses non tenues par l'eurozone...).

 

Ce bon vieux mark qui apparaîtra progressivement, à mesure que la crise s'intensifiera en europe (ce qu'elle va très probablement faire ces prochaines années) comme la solution à tous les problèmes allemands, tel un certain caporal moustachu à mèche rebelle et regard magnétique il y a 67 ans.

 

(Nous venons d'apprendre, au moment de publier cet article, qu'un site allemand d'information financière propose de nouveau des cotations en marks, répondant en cela à ce qu'il a identifié comme étant une "forte demande"...)

 

(lire aussi : L' Allemagne fait ses valises)

 

Bob Willard

11/06/2010

 

 

Publié dans europe

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