Le temps est un fumier pourri

Publié le par Robert Willard

Le temps passe, cher lecteur (et chère lectrice, parce que, hein ? Bon.). D'où vient-il et où va-t-il, personne ne le sait, mais il semble à peu près certain qu'il passe.

 

Ce dimanche nous étions "en" cousinade - en cousinade germaine, même. Nous avons retrouvé nos cousins germains préférés, moins un, qui, pour des raisons un peu obscures, que n'ont pas réussi à éclaircir de vagues explications par Iphone 4 interposé, a fait défaut. Gloire au passage à l' Iphone 4, anéantisseur de distance et réunisseur de cousins séparés, qui nous a permis de faire partager à l'absent notre  bonheur d'être ensemble, et de lui dire qu'on l'aimait, et que, à cause de lui là-bas, notre  bonheur n'était pas parfait. Nos déclarations, aussi avinées (sauf pour un certain cousin qui ne boit jamais d'alcool, bonsoir à lui) que sincères, l'ont bien fait rire, et il nous a promis pour l'année prochaine.

 

Et ainsi passent les années, négligemment bradées par les inconscients que nous sommes. Trois minutes d' Iphone4 et l'affaire est entendue : on se verra l'année prochaine. C'est-à-dire que notre groupe, en tant que groupe complet et réuni, venait dans l'instant de vieillir d'une année. D'ici là, il n'existerait pas. 

 

Et nous voilà à jouer aux boules ou au ping-pong, à faire des concours rocambolesques avec des cerceaux de plastiques et rire à suffoquer, tous bientôt quincagénaires, grisonnants et déplumés, et pourtant pas quincagénaires du tout lorsque réunis, gamins toujours, sous l'oeil goguenard de notre oncle quasi septuagénaire. Quinca, septua : ces chiffres n'ont aucun sens. Nous disons "tonton" comme il y a quarante ans, et il ne lui faut pas deux verres de vin pour presque nous appeler  "les enfants". Niqué, le temps.

 

Et alors retentissent les rires des enfants, les vrais, les notres, qui traversent nos jambes en trombe et disparaissent derrière un massif de roses. Et dans le sillage de ces rires enfantins, voilà le glauque ricannement du temps, ce sombre salaud, ce fumier pourri, pas niqué du tout, qui nous tombe dessus comme un nuage de gaz morbide. Et nous voilà soudain vieux de toutes nos vraies années, et nos cousins et notre frère, tous soudain adultes et pères de famille et responsables et presque grand-pères. Et nos tantes, notre oncle et notre mère, comme ils semblent soudain dignes et plus que jamais protecteurs, et tristes et inquiets de ne plus pouvoir nous protéger, un jour...

 

Oui, le temps passe, et nous sommes triste. Nos enfants sont déjà si grands !

 

Bob Willard

10/08/2010

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Ninon 11/08/2010 09:18


Quand je lis tes lignes, j'entends du Chopin ou je vois un tableau de Renoir...Je salue votre volonté à tous de maintenir cette tradition, j'y étais à une époque....
Je ne connais pas les rassemblements de cousins dans ma famille maternelle, je n'y suis jamais invitée, je ne parle pas la meme langue qu'eux, et ils n'aiment pas traduire... Evidemment je ne parle
pas de la langue mais de la vision de la vie... Quant à ma famille paternelle, elle vit en Sicile...
Savourez cette chance et j'espère que mes filles perdureront la tradition avec tes enfants...