Le yuan contre le reste du monde (suite)

Publié le par Robert Willard

Le FIMI réunit une brochette de banquiers centraux à Shangaï, cher  lecteur. Il s'agit officiellement de discuter de la mise en place d'un processus concerté de stabilisation des changes à l'échelle planétaire.

 

Officieusement, on peut être assuré que l'actuelle "guerre des monnaies" occupera une part non négligeable des débats.

 

En septembre1914, à l'issue de la victorieuse contre-offensive française sur la Marne, les belligérants ont entrepris des tentatives successives et réciproques de débordement qui, de proche en proche, les ont conduit de Provins à la Manche, près de Dunkerque (cette séquence de combats est restée dans les livres d'histoire sous le nom impropre de "course à la mer").

 

La Guerre des Monnaies voit se développer elle aussi une "course", à laquelle se livrent un certain nombre de pays en mal d'exportations : c'est à qui "débordera" ses concurrents - ou dévaluera le plus rapidement sa monnaie.

 

Le Japon, via la BoJ, est intervenu directement sur le marché des changes il y a peu, pour faire baisser le Yen relativement au dollarUS. La FED, de son côté, clame haut et fort son intention de procéder à une nouvelle session de "quantitaive easing" - mesure entraînant la baisse du dollarsUS. La Chine féraille de droite et de gauche pour maintenir son yuan au plancher. Quant à l' UE, comme d'habitude, on ne sait pas ce qu'elle veut (les Allemands aiment l'euro fort, les Français voudraient l'envoyer par le fond, comme il l'ont si souvent fait du franc jadis, et quant aux PIGS, tout le monde s'en fout).

 

Mais à ce petit jeu, la Chine est de loin la plus forte. Son armée, entièrement motorisée, équipée d'engins puissants et flambants neufs, se déplace beaucoup plus vite que les troupes américano-japono-européennes, lesquelles doivent se contenter de rares engins poussifs et constamment en panne. Elle contre aisément toutes les tentatives de contournement adverses, évitant le contact, mais disposant, en cas de nécessité, d'une puissance de feu dévastatrice.

 

Cela fait enrager pas mal de monde - les Etats-Unis au premier chef. Et de claironner des déclarations crassement démagogiques, comme quoi le yuan "devrait" être plus fort pour "mieux refléter" l'état de l'économie chinoise.

 

De quoi se tenir les côtes !

 

Quel est le rôle d'une monnaie, cher lecteur, sinon, in fine, d'assurer sécurité et prospérité économique à son pays ?

 

De quoi a besoin la Chine aujourd'hui ? Pour une très large part encore, son économie est dépendante des exportations - la consommation domestique ne représentant que 35% du PIB.

 

Et pour exporter, le yuan faible est une bonne chose.

 

Certes, elle importe aussi. Mais seulement 65% de ses importations sont des biens industriels (contre 93% de ses exportations) ; 27% sont des matières premières. Mais les matières premières se paient en dollar dans la plupart des cas - et ses caisses regorgent de réserves de change en dollars (plus de 2000 Mds$).

 

L'impact des variations de change yuan/US$ est donc insignifiant pour les importations de matières premières.

 

Reste les importations de produits industriels (provenant principalement d'Europe et du Japon), pour lesquelles un yuan fort est souhaitable : elles sont plus que largement compensées par les exportations du même type (le différentiel est de 28% du PIB) - pour lesquelles le yuan faible est un atout.

 

On voit donc clairement que le yuan tel qu'il est géré actuellement, remplit son rôle : il assure prospérité et sécurité économique à la Chine. On peut donc dire qu'il reflète parfaitement, au contraire de ce qui est dit, l'état économique du pays.

 

Voilà pourquoi nous pensons qu'il ne sera "revalorisé" que très progressivement, au rythme du développement de la consommation intérieure - en dépit des glapissements du FMI et des banquiers centraux americano-nipo-européens.

 

Bob Willard

18/10/2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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