Les prédictions de Strauss-Kahnamus (ou Panade en Tunisie)

Publié le par Robert Willard

Bonsoir, cher lecteur

 

Nous venons de découvrir que notre problème relatif au caractère pertinent de la course sous la pluie pour être moins mouillé, n'a rien de nouveau.

 

 Il semble avoir déjà fait l'objet de nombreux articles et études. Sciences et Vie, E=m6, entre autres média grand public, ont abordé la question. Il n'en est rien ressorti de bien clair - et, à la limite, peu nous importe. Le sujet nous intéressait, pour l'essentiel, par sa virginité. Il lui est manifestement passé plus de monde dessus qu' à une... enfin bref, nous laissons tomber.

 

(Nos calculs préliminaires débouchaient sur des équations plutôt complexes, dont la résolution semblait indiquer qu'il est toujours préférable de courir sous une pluie verticale. Mais nous avions fait beaucoup d'approximations et d'hypothèses réductrices - et à présent nous n'avons plus le coeur à aller plus avant sur ce sujet. Nous en trouverons d'autres, au pucelage intact.)

 

Revenons un peu aux choses sérieuses.

 

Notre cousin Alexandre a déniché une vidéo de Dominique Strauss-Kahn datée de mars 2008, dans laquelle on le voit être décoré d'un ordre fromageux quelconque par le président d'alors, Ben Ali, et faire ensuite  un commentaire élogieux de la politique économique tunisienne, "un bon exemple à suivre pour les pays émergents".

  DSK Ben Ali

Moins de trois ans plus tard, l'"exemple" chasse son président à coups de pieds dans le train et entre en quasi-révolution.

 

Quelque chose aurait-il mal tourné ? Y a-t-il eut un bouleversement des "fondamentaux" économiques durant ces trois ans ?    

 

 

Nous avons collecté quelques chiffres pour nous faire une idée.

 

Nous avons ainsi relevé un effondrement du taux de croissance, qui chute de 25%, ainsi qu'une hausse de l'inflation générale de plus de 7%. En 2010, le taux de croissance passe ainsi  loin derrière le taux d'inflation (3.7% contre 4.4%), soit l'opposé de 2008 (5% contre 4.1%).

 

L'explication de la chute de la croissance réside pour une bonne part dans celle de la balance commerciale (-20%), le commerce extérieur représentant 90% du PIB.

 

Quant à la balance commerciale, elle a pâti de l'augmentation du dollar( presque 15%), utilisé pour payer 40% des importations (essentiellement liées à l'alimentaire).

 

Enfin, si le taux de chômage global est resté stable (environ 14% de a population active), celui des jeunes diplômés a littéralement explosé, passant de 21.4% à environ 30%.

 

Nous voilà assez loin du tableau flagorneur dressé par DSK, médaille au cou et ton assuré, pour qui "en Tunisie, les choses continueront de fonctionner correctement [même si ce ne sera pas facile, malgré la crise mondiale]".

 

Mais bon. Finalement, DSK ne s'est pas d'avantage trompé pour la Tunisie, que pour le reste du monde. DSK, à l'image de tous ses  semblables, n'a rien vu venir - pas plus la déflagration "subprimes" (septembre 2007) que le retour de flamme "Lehman Brothers" (septembre 2008) - et le typhon financier qui a ensuite balayé toute la planète.

 

Rien de nouveau, cela dit, dans cette incapacité des "économistes" à anticiper les retournements majeurs : depuis qu'ils existent en tant que corps professionnel, ils n'ont cessé de rivaliser de ridicule à grand renfort de "prévisions" et autres "projections", toutes plus foireuses les unes que les autres. Aucun des prévisionnistes du FMI, en tant que valeur prédictive, ne vaut mieux qu'un marabout lanceur d'osselets - de quoi méditer sur le potentiel de réduction des coûts de fonctionnement du Fonds.

 

Revenons à la Tunisie.

 

Nous ne sommes pas vraiment enchanté de ce qui passe là-bas. Les soulèvements "spontanés" de ce genre nous laissent  songeurs, depuis que nous avons découvert Vladimir Volkoff et ses écrits sur la désinformation. Les reportages, diffusés en boucle, montrant des "gens au hasard", langage chatié et physique rassurant, représentant d'un peuple "mûr pour la démocratie", puent le lavage de cerveau à plein nez. Il s'en dégage le même fumet qui nous avait déjà agacé les narines lors de la guerre du Kosovo, quand il fallait nous convaincre de bombarder ces salauds de Serbes pour protéger les gentils Albanais.

 

Non qu'il n'y ait une véritable aspiration du peuple tunisien à "autre chose" - mais nous pensons qu'en l'occurence, le peuple pourrait bien être, pour le moins, "aidé". Simplement, nous ne voyons pas, pour le moment, par qui.

 

Le bel ensemble avec lequel tous ses anciens partenaires ont lâché Ben Ali est en tous cas remarquable, et nous semble devoir être retenu comme une belle leçon de réalisme politique : utile au pouvoir mais encombrant une fois déchu, personne, hormis Kadafi et le roi Abdallah, n'a esquissé un geste de solidarité ou de réconfort - DSK moins que quiconque, qui pourtant, sur notre vidéo pas si vieille que ça, embrassait chaleureusement Ben Ali, avec force congratulations et  félicitations...

 

Nous ne savons pas grand chose de Ben Ali. Les média nous en donne une image éminemment négative, cultivant habilement les analogies subliminales avec feu le couple Ceaucescu. Il y a probablement du vrai, et beaucoup de faux. Mais nous voyons que, lui parti, les ultra-religieux pointent aussitôt le bout de leur barbe, comme ils l'ont fait en Irak après Saddam - et nous n'aimons pas ça du tout. D'autant moins que Ben Ali aurait trouvé bon accueil en Arabie Saoudite, aux dernières nouvelles, pays ambigu quant à son rapport à l'Occident en général, et à l'extrémisme religieux en particulier. 

 

La Tunisie avait entamé depuis 2008 un processus d'ouverture de son économie au marché mondial, sous l'égide du FMI. Cette décision, toujours douloureuse pour les économies concernées, n'est peut-être pas étrangère aux derniers évènements - comme la goutte d'eau de trop dans le vase déjà plein.

 

Nous verrons.

 

Bob Willard

17/01/2011 

 

 

 

 

 

 

Publié dans société

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