Libye : fausse victoire et vraie ânerie

Publié le par Robert Willard

  bhl

Il est vraiment surprenant de voir avec quelle légèreté les politiciens, de tous bords et de tous pays, traitent de la démocratie.

 

Tous semblent considérer comme allant absolument de soi, que l'établissement d'une démocratie est le préalable indispensable au bon épanouissement d'un peuple - en vertu du fait qu'elle est le meilleur régime dont puisse rêver une collectivité humaine.

 

Cette conviction mène tout droit à l'ingérance la plus débridée, bien évidemment - toute bardée des plus nobles et généreuses motivations. Nous en voyons l'expression la plus pure en ce moment en Libye, avec la récente résolution onusienne d'intervention militaire.

 

Nous ne sommes pas convaincu que la démocratie soit une panacée, nos lecteurs réguliers le savent. Non pas que nous y soyons opposé par principe, comme nous pourrions l'être si nous la tenions pour essentiellement mauvaise. Ceux qui nous ont bien lu, savent que c'est tout le contraire : nous la tenons en très haute estime, et, loin de l'estimer indigne de la société humaine, nous pensons plutôt que c'est la société humaine qui, dans une très large proportion, est indigne d'elle.

 

Selon nous, les hommes en société se comportent comme des crétins, à quelques rares exceptions près. Donnez-leur une démocratie, et en quelques générations, ils en auront fait une conocratie. Car la démocratie n'a jamais rendu les crétins intelligents : elle leur donne juste le droit de vote. C'est une machine à transformer les idées des crétins, en institutions.

 

A contrario, une société intelligente fera des merveilles en régime démocratique, qui exploitera comme aucun autre le génie collectif.

 

Par essence, la démocratie fonctionne comme un cercle : vertueux pour les sociétés intelligentes, vicieux pour les autres. Elle développe exponentiellement les traits de caractère dominants des peuples, sans les modifier dans leur nature  : les sociétés "mûres" seront portées à leur sommet, les autres fonceront vers la désintégration.

 

C'est une machine formidable. Mais on voit où est l'erreur des politiciens : ils croient qu'elle peut changer les peuples, comme un sirop calme la toux. Ils croient qu'une bande d'idiots vivant sous la tyrannie d'un fou, accédera au bonheur parcequ'elle pourra, demain, désigner démocratiquement son chef. C'est idiot.

 

Les peuples ne deviennent pas intelligents parcequ'ils vivent en démocratie : ils arrivent à la démocratie parcequ'ils sont intelligents. 

  

Elle n'est pas la cause : elle est le symptome.

 

C'est ce qui rend la démocratie, imposée par ingérance, si dangereuse. Le peuple auquel elle est appliquée était-il sous régime autoritaire malgré une réelle aptitude,  ou à cause de son inaptitude, à la démocratie ? 

 

Dans le premier cas, l'ingérance est bénéfique. Dans le second, elle peut  précipiter un retour au chaos - et à un malheur bien plus grand qu'avant. Qui dira dans quel cas l'on se trouve ?

 

Dans le doute, il est sage de ne pas intervenir. Un peuple mûr pour la démocratie y parviendra, d'une manière ou d'une autre, tôt ou tard. Et s'il ne l'est pas, et bien... Il ne l'est pas ! Faites tomber le tyran, il sera remplacé par un autre au bout de peu, peut-être plus stupide, brutal et cruel que le précédent.

 

Pour ce qui concerne le cas de la Libye, nous avons beaucoup de raisons de douter que ce pays soit mûr pour la démocratie. Confondrait-on celle-ci avec la maîtrise du "chat" sur facebook ? Les peuples ne changent pas en quelques clics de souris. Nous en doutons même pour la Tunisie et l' Egypte, dont les armées, elles, ont pourtant lâché les régimes en place.

 

Enfin, BHL et Kouchner ont voulu l'intervention en Libye : c'est presque une preuve en soi que c'est une ânerie.

 

Bob Willard

18/03/2011

 

 

 

 

 

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