Mario DRAGHI, ou le ver dans le fruit

Publié le par Robert Willard

mario draghi 2Voilà l'Italien Mario Draghi, ex-directeur "Europe" de Goldman Sachs et actuel gouverneur de la Banque d'Italie, officiellement promis au poste de président de la BCE.

 

Il y a un an personne ne voulait soutenir la candidature de ce grand argentier, dont le curriculum vitae étaient aux décideurs européens ce que la clochette des lépreux étaient au bon peuple des temps jadis. Les Allemands étaient particulièrement virulents à son égard.

 

Il y a un an, le grand favori était l' Allemand Axel Weber, président de la BundesBank, dur des durs de l'orthodoxie monétaire, notoirement opposé au rachat par la BCE des dettes pourries des pays membres défaillants. Les Français n'étaient pas très chaud, mais l'Allemagne était en position de force, car il fallait renflouer la Grèce de toute urgence - avec des fonds majoritairement teutons.

 

Puis Axel a brutalement retiré sa candidature, pour "raisons personnelles". On soupçonne qu'il vise la présidence de la Deutsch Bank pour 2013, ce qui, pour pouvoir y prétendre, l'obligeait à démissionner de son poste de président de la BundesBank en 2011 - afin de respecter le délai obligatoire de deux ans entre les deux postes.

 

Axel était le seul candidat "du nord" à faire consensus. Lui hors-jeu, la France a redoublé de lobbying pour imposer un postulant plus souple - c'est-à-dire, ne tournons pas autour du pot, prêt à actionner sans se faire trop prier les rotatives de la planche à billets européenne pour acheter les dettes faisandées qui font tordre le nez des "marchés".

 

Retour en grâces de Mario ! Il n'a pas l'odorat trop délicat, il est Italien, donc bien placé pour faire accepter aux "pays du sud" des mesures de rigueur qui n'aient pas l'air d'un "diktat".

 

Son passé chez Goldman, de handicap d'avoir travaillé, au plus haut niveau, pour des bandits avérés, devient "l'avantage d'une grande expérience à l'international".

 

C’est l’homme de la situation.

 

Propulsé par Merkel, toute veste retournée, et Sarkozy, toute jubilation affichée, l'ascension de Mario dans la course au poste est irrésistible : il est définitivement nommé à la présidence de la BCE, par les chefs d'Etats et de gouvernement de la Zoneuro le 24 juin 2011.

 

Que devons nous attendre de la présidence de Mario Draghi ?

 

Son parcours est assez parlant.

 

Nous savons qu'il a été durant cinq ans un des principaux lieutenants du clan Goldman (2002-2005, ce n’est vraiment pas vieux…) – ce qui vaut le meilleur des certificats de complète amoralité. Rien que cela suffit à nous faire frissonner – mais ce n’est pas tout.

 

On parle moins de son rôle éminent dans la vague de privatisations qui a touché l’Italie dans les années 90 – des banques, notamment - en tant que président du Comité pour les Privatisations. Certes, privatiser n’est pas toujours un crime : mais toujours privatiser, peut vite en devenir un.

 

On ne parle pas davantage de sa présidence, depuis 2006, du Conseil de Stabilité Financière (CSF) européen – organisme en charge de la lutte contre la dérégulation des marchés financiers, avec les très probants résultats que l’on sait.

 

(On goûtera tout le sel du passage, sans transition, de la présidence européenne de Goldman Sachs, au CSF…)

 

Non, n’en doutez pas cher lecteur, Mario Draghi est un drôle de pistolet. Une certaine presse s’efforce de le présenter comme un homme « prudent », et paré de tas d’autres qualités qui préserveront la politique monétaire européenne des affres de l’aventure. Nous ne doutons pas que Mario ait des « qualités ». Nous doutons seulement qu’il y ait compatibilité entre celles jugées bonne pour elle par Goldman Sachs, et celles nécessaires à la saine conduite de la BCE.

 

Nous serons vite fixés, quoi qu’il en soit…

 

Robert Willard

 

Le 25/06/2011

 

 

 

 

 

 

 

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