Milosevic, Saddam, Kadhafi : même combat

Publié le par Robert Willard

Nous avons renoncé à savoir ce qui se passe réellement en Libye, cher lecteur  - ainsi qu'en Egypte, en Tunisie, dans tout le Maghreb, et même dans tout le monde arabe.

 

Non pas que nous nous en désintéressions : mais les informations qui nous en parviennent nous semblent de plus en plus suspectes. Elles sont peut-être exactes - mais probablement pas.

 

La planète entière veut voir partir Kadhafi, Chavez et Castro exceptés - pour toutes sortes de raisons, dont les principales sont certainement les moins avouables. Même les intergristes islamistes souhaitent son départ.

 

Certains ont à faire oublier leur soutien tardif aux révolutions tunisienne et égyptienne. Les démocraties dans leur ensemble souhaitent, plus globalement, se faire pardonner leurs relations avec les dictateurs déchus ou à déchoire : c'est à qui tapera le plus dur, le plus vite et le plus fort sur Kadhafi, et s'attirera le plus de faveurs des futurs dirigeants de la région.

 

Dans ces conditions, il serait vraiment extraordinaire que l'information difusée par les média "grand public" soit objective.

 

Qui veut entendre quoi que ce soit de positif à propos de Kadhafi, ou tendant à minimiser l'ampleur de la répression ? Personne.  On parle de milliers de victimes "non confirmées" - qui se soucie du "non confirmé" ? On cite des bombardements effroyables, en gros titres, dont on apprend deux jours après qu'ils n'ont jamais eu lieu - mais le correctif est toujours glissé furtivement, de façon quasi subliminale.

 

On évoque des mercenaires étrangers, évidemment sanguinaires : pour preuve, une mauvaise vidéo montrant une poignée de noirs enfermés quelque part - des mercenaires capturés en attente d'un "jugement équitable", nous dit le commentaire.

 

On s'étend sur le très télégénique drame des réfugiés bloqués aux postes-frontières ; on filme en gros plan des hommes très en colère après les organisations humanitaires occidentales qui ne sont toujours pas là.

 

On mentionne l'héroïque résistance du "petit peuple" d'une ville qui a repoussé, armé de trois fourches et deux escopettes, une contre-offensive des sbires de Kadhafi armés, eux,  jusqu'aux dents. (Nous venons d'apprendre mieux encore : des "soldats inexpérimentés"(insurgés, donc) affrontent les Migs et Mirages de Kadhafi. Allez voir, c'est le Figaro qui le dit !)

 

Tout ça, cher lecteur, absolument tout, est l'exacte réplique du type d'informations qui nous étaient proposées lors des guerres de Yougoslavie entre 1991 et 2001. A l'époque il ne nous fut rien épargné pour nous faire comprendre à quel point les Serbes étaient des salauds : massacres de masse, camps de concentration, génocides, tortures - et l'emploi de féroces mercenaires étrangers (tiens tiens...).

 

Qui ne se souvient de Srebrenica et de Sarajevo ? Deux noms désormais gravés dans l'inconscient populaire comme synonymes de la barbarie et de l'inhumanité serbes. Pourtant des correctifs furent apportés par la suite à décharge des Serbes (et, à contrario, à charge des musulmans Bosniaques) - mais tardivement et confidentiellement.

 

Tout comme les Serbes, Kadhafi a contre lui une cohalition des plus puissants pays du monde. Tout comme eux, il est présenté comme étant le diable en personne. Ses adversaires (les fiers "insurgés"), tout comme les musulmans Bosniaques opposés aux Serbes, nous apparaissent , eux, comme courageux et éminemment sympathiques (car assoifés de démocratie).

 

Ca sent le faisandé, cher lecteur.

 

Mais que les choses soient bien claires : notre propos n'est pas de prendre la défense de Mouamar, et d'en faire un innocent dictateur éclairé scandaleusement calomnié par l'"opinion internationale". Il s'est suffisamment vanté de ses turpitudes passées pour n'émouvoir personne, aujourd'hui, dans sa chute - en tout cas, pas nous.

 

Nous voulons dire que, étant donné le contexte international et les précédents historiques, les informations que nous recevons de Libye DEVAIENT être telles qu'elles sont, indépendamment de toute réalité.

 

Peut-être sont elles exactes, du reste. Mais alors, par pur hasard.

 

(L'exemple des Serbes de Milosevic pourrait être remplacé, à peu de choses près,  par l'Irak de Saddam avant les invasions américaines.)

 

A propos de Srebrenica et Sarajevo : lire cet intéressant point de vue, très documenté.

 

Bob Willard

03/03/2011

 

 

 

 

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