Pauvres Somaliens !

Publié le par Robert Willard

Aujourd'hui est un jour important, cher lecteur : Jack Lang remet à l' ONU son rapport sur les mesures juridiques, entre autres, à adopter pour lutter contre la piraterie au large des côtes somaliennes. Il affirme que la situation est très préoccupante, et nécessite un "acte fort" pour être renversée.

 

Bon. Nous sommes d'accord, après tout. Mais nous recommandons une certaine vigilance des autorités onusienne. Un acte fort signé Jack Lang, c'est un peu comme un écrou serré par une femme : généralement, il reste du jeu.

 

Nous ne savons pas l'importance exacte du préjudice porté au commerce mondial par l'action des pirates somaliens. Ils  détiendraient actuellement trente bateaux et sept cents otages, ce qui est nettement plus qu' Al Kaïda.

 

L'un de ces navires et son équipage sont algériens. Les Algériens ont refusé de payer la rançon demandée par les pirates.

 

Si ces pirates nous avaient consulté, nous les aurions dissuadés de capturer un navire algérien : il était évident qu'ils allaient devoir s'assoir sur la rançon.

 

Peu de peuple au monde en savent aussi long sur la barbaresquespiraterie et les rançons que les Algériens. Elles ont fait la fortune d'Alger dès le 16ème siècle, sous l'impulsion turque, avec les fameux barbaresques. Les corsaires algérois ont infesté la méditéranée jusqu'à l'arrivée des Français en 1830 - la version de l'époque de l' "acte fort", peut-être, car il se dit que l'expédition française fut en partie motivée par la volonté d'en finir avec ce qui était un véritable fléau.

 

Pour dire que, la rançon : Oualou ! Pas à eux ! En plus : des Somaliens ! Dont les ancêtres ont dû transiter jadis par le marché aux esclaves d' Alger, justement, tu peux parier ! 

 

À la Renaissance, ce sont les marchands génois, vénitiens, espagnols qui subissent l'abordage des barbaresques d'Afrique du nord. Leur chef, Barbe-Rousse, devient même roi d'Alger au XVIème siècle. La Méditerranée reste une zone de piraterie jusqu'au début du 19ème siècle.

 

Quelle faute psychologique !

 

Pauvres Somaliens...

  

Leur histoire fait vraiment peine à lire. Islamisation, guerres civiles et guerres tout-court, famines, épidémies, misère crasse ... Dieu a vraiment l'air fâché contre eux. Et cette histoire de piraterie ne va pas arranger les choses. Il y a quelques années, elle relevait du folklore local : quelques pouilleux sur des canots à moteurs araisonnaient des cargots de ci, de là, les armateurs crachaient au bassinet et la Terre tournait. A peine les compagnies d'assurances avaient-elles relevé les primes dans la région.

 

Mais à présent, le temps des bricoleurs est révolu : c'est devenu un vrai business - et le problème est là. Primes d'assurance qui explosent, rallongement des trajets pour éviter les zones trop sensibles, obligation d'escortes armées, et malgré ça un bateau capturé quasiment par semaine : les pirates ont fini par énerver beaucoup trop de monde.

 

Les mesures de rétorsion internationales ont commencé, que Jack Lang est sensé contribuer à intensifier et structurer. L'ONU va tomber sur la Somalie, et, malgré Jack Lang, nous pensons que la Somalie va le sentir - toute plaisanterie mise à part. La piraterie ne sera peut-être pas anéantie, mais les clans qui la dirigent et sont l'ossature sociale du pays pourraient être sérieusement malmenés, et suffisamment affaiblis pour  devoir céder beaucoup de terrain à la mouvance islamiste dure, que jusqu'à présent ils tenaient en respect.

 

Ce qui s'appelle tomber de Charybde en Scylla...

 

Oui, vraiment, pauvre Somalie !

 

Nous souhaitons beaucoup de courage à Jack Lang.

 

Bob Willard

24/01/2011

 

 

 

Publié dans société

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