Pétain ou... Pétain ?

Publié le par Robert Willard

Pétain est à la mode en ce moment, cher lecteur. Après France3, Arte s'est fendu de son documentaire sur la vie et l'oeuvre du Maréchal. Etant resté sur notre faim la dernière fois, nous avons courageusement rempilé hier soir, au grand dam de notre épouse - mais bon, hein ? C'était ça ou "Des racines et des ailes" (sur le thème du Val de Loire, bonjour le dépaysement !), le foot n'ayant plus droit de cité depuis que nous savons que l' équipe nationale (?) mange "hallal".

 

Re - Pétain, donc.

 

Mais un vrai documentaire cette fois - enfin, aussi vrai qu'il puisse être compte tenu du sujet.

 

Les intervenants étaient de qualité ; certains semblaient même presque impartiaux. Nous en avons retiré que Pétain fut un militaire brillant, qui s'est par la suite fourvoyé en politique (Marc Ferro soutient que ce fut par ambition) - où il n'était pas de taille à rivaliser avec un Laval, qui frayait depuis des lustres en les troubles eaux parlementaires, tel un crocodile dans une mare saumâtre. Et Pétain, qui était déjà allé très loin à droite, y fut dépassé par son acolyte, avec les funestes conséquences que l'on sait.

 

 Le passage le plus intéressant fut une brève remise en perspective de la situation à l'arrivée de Pétain au pouvoir - mise en perspective que nous devons à intervenant Anglais. Il y était rappelé que depuis 1933, la France était la seule république de tout le continent européen (à l'exception de la république tchèque dont le sort fut scellé en 1938 par les accords de Munich) ; les régimes parlementaires s'y comptaient sur les doigts d'une main de Mickey Mouse (à quatre doigts).

 

En voulant mettre fin au parlementarisme, Pétain s'inscrivait, de son point de vue, dans un véritable courant historique tendant à clore la "parenthèse" parlementaire - qui n'avait jamais que quatre-vingt cinq ans d'ancienneté (soit, coïncidence amusante, mais pas tout à fait neutre, l'âge du Maréchal !) en 1940.

 

Il fut aussi rappelé combien l'antisémitisme était répandu dans toute l'Europe. Un antisémitisme "tranquille"  en France, dont la principale manifestation était la râlerie au bistrot ou aux repas de famille, qui n'empêcha pas Blum d' être président du conseil, ni tous ses correligionaires de mener une vie parfaitement paisible.

 

Le documentaire en resta là.

 

Aucun des intervenants n'osa une perspective de synthèse, montrant une France où l'antisémitisme et l'anti-parlementarisme n'avaient rien d'extraordinaires, ni encore moins de tabou. On pouvait afficher son antisémitisme et son antiparlementarisme sans perdre une once de respectabilité.

 

La Révolution Nationale voulue par Pétain aurait donc pu n'avoir rien de choquant, être une voie parmi d'autres de l'époque, ni plus ni moins honorable, s'il n'y avait deux obstacles majeurs à sa recevabilité :

- le passage de l'antisémitisme "traditionel", d'ordre essentiellement privé et ronchonnant, à la politique anti-juive étatisée persécutante, de l'initiative même de l' Etat Français

-le fait même d'avoir conduit cette Révolution sous occupation ennemie

 

Le premier point reste très surprenant, car Pétain n'avait jamais fait montre d'un antisémitisme quelconque (il avait des amis juifs, et n'avait pas compté parmi les anti-dreyfusards). Nous restons perplexe, car nous l'imaginons mal, en 1940, céder à l'influence de son entourage, de cette manière, sur une telle question. Les Français, du reste, resteront dans leur écrasante majorité étrangers, et plutôt hostiles, à cet aspect de la politique vichyste.

 

Le second point nous vaudra la Collaboration et son cortège de saloperies, en lien direct avec le premier point.

 

En conclusion, nous n'en avons pas fini avec Pétain. Nous avons des intuitions le concernant, mais beaucoup d'interrogations demeurrent quant à ses motivations et la nature de son action.

(

Nous retiendrons la thèse intéressante de Marc Ferro, selon qui Pétain n'aimait pas Laval non parce que celui-ci poussait trop loin la collaboration, mais plutôt parce qu'il lui "volait la vedette" dans leurs relations avec l' Allemagne. Ce qui, on en conviendra, n'est pas tout à fait la même chose...

 

(Nous vous recommandons la lecture de "La France de Vichy", de Robert Paxton (qui intervenait dans le documentaire) : un livre résolument à charge pour Pétain (et qui ne s'en cache pas), très argumenté.)

 

Bob Willard

25/10/2010

 

 

 

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Publié dans histoire

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