Petit moment de solitude

Publié le par Robert Willard

Eh bien, nous voilà, cher lecteur.

 

Avant-hier une cliente a arraché les rideaux d'une de nos plus belles chambres.

 

Elle est venue nous voir à l'accueil et nous a dit : "Il y a un problème avec les rideaux. La tringle est tombée..." Nous avons pensé qu'elle avait sorti la tringle de ses supports en tirant les rideaux, comme cela arrive parfois. Nous sommes monté dans sa chambre en ronchonnant intérieurement - c'était une de ces femmes totalement tarte qu' aucun homme n'a envie d'accompagner dans sa chambre, pour quoi que ce soit.

 

En fait de "problème", nous avons trouvé la tringle et ses fixations complètement arrachées, pendant lamentablement par un côté resté accroché à un lambeau de papier mural. A l'emplacement des fixations, le papier peint, arraché lui-aussi, laissait voir le plâtre creusé de larges cratères, aux fonds desquels étaient des trous gros comme le pouce.

 

Sous la tringle pendante, encore animée d'une lente et sinistre oscillation, la moquette était couverte de morceaux de plâtre et de brique, que balayait le bas du rideau.

 

Tandis que nous contemplions, la cliente s'était déjà désintéressé de la question et zapait sur le téléviseur - sans plus d'explications 

 

A cet instant une chose étrange s'est passée en nous. Pour autant que nous nous en souvenions, nous n'avons même pas eu de poussée de colère, ni de bouffée de rage meurtrière à l'encontre de cette vieille vache de merde dont la connerie allait  nous valoir plusieurs heures de travail très chiant.

 

Nous avons seulement dit, dans une sorte d'état second : " Ah. Tout est arraché. Je ne pourrai pas réparer ce soir..." . Nous avons achevé de décrocher la tringle et  sommes allé chercher l'aspirateur pour nettoyer les gravats.

 

Nous avons été pris de court. C'était ça ou... autre chose - et notre subconscient a décidé que "ça" valait mieux.

 

Hier, puis aujourd'hui (temps de séchage oblige) nous avons réparé les dégâts ; la chambre est louée ce soir.

 

Notre assureur ne prend en charge ce genre de dégradation que si nous nous retournons contre la propre assurance du client dégradeur. Nous aurions pu demander à notre cliente les coordonnées de son assureur - mais, comme nous l'avons dit, notre subconscient a estimé qu'il ne valait mieux pas.

 

De toutes façons, aucun artisan ne serait intervenu dans les délais pour réparation : un artisan qui se respecte n'intervient pas sous moins d'une semaine. C'est une question de dignité.

 

Nous ne saurons jamais comment cette cliente a fait son compte.

 

Aucune importance. Nous allons dormir, et l'oublier.

 

Bonne nuit, cher lecteur.

 

Bob Willard

27/01/2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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