Pourquoi la Chine n'est pas un bon pari commercial

Publié le par Robert Willard

La Chine est en passe d'être officiellement déclarée "deuxième économie mondiale".

 

Les salaires y grimpent à des allures supersoniques. La main d'oeuvre excédentaire, issue des campagnes, fond comme peau de chagrin, aspirée par une demande toujours soutenue. Les mouvements sociaux se font plus nombreux et plus durs. Une classe moyenne, doucement, émerge.

 

Le pays semble sortir de son adolescence économique,  son visage d'adulte commence à apparaître - même si des poussées d'acnée sont encore à redouter.

 

Nous avons lu qu'il fallait s'en réjouir, au titre que cela freinerait les délocalisations et ne pouvait qu'être bon pour nos exportations. Pour les délocalisations, peut-être cela sera-t-il bénéfique, effectivement - à moins qu'elles ne se fassent vers d'autres pays, les actuels sous-traitants des Chinois par exemple.

 

Quant à "booster" nos exportations...

 

Voilà comment nous voyons les choses, cher lecteur : nous pensons que la Chine a le potentiel pour être totalement auto-suffisante, dans tous les domaines. Un milliard trois cent millions d'habitants - c'est comme une planète à elle toute seule. Cette seule population peuplerait Mars quasiment aussi densemment que ne l'est la Terre aujourd'hui.

 

Les Chinois ont le nombre, l'espace, l'intelligence, l'ardeur au travail et la discipline collective. Abstraction faite de la question des matières premières, ce peuple a tout pour se passer sans difficulté du reste du monde. Croire qu'il importera bientôt nos produits, en une sorte de renversement du flux des échanges, relève selon nous d'un mauvais calcul. Pour les produits à faible valeur ajoutée, ne rêvons pas : il les produit déjà lui-même, il n'est pas prêt de nous les acheter, même s'il y a un rééquilibrage des coûts de fabrications dûs à la hausse des salaires locaux. Concernat les produits à forte valeur ajoutée (automobiles, trains, centrales nucléaires, avions,...), il les importera jusqu'à ce qu'il sache les fabriquer lui-même - c'est-à-dire pas très longtemps.

 

Le plus gros vendeur de voiture en Chine est un fabricant Chinois - devant GM. Qui aurait parié ne serait-ce qu'un bol de riz là-dessus il y a dix ans ?

 

La plupart des gros contrats passés avec des sociétés étrangères comportent une clause de transfert de technologie, soit directe, soit détournée via des créations de co-entreprises, obligatoires pour accéder à certains marchés-clés. Le jeu de la Chine est clair : l'accès à son immense marché intérieur doit se payer au prix fort, par un transfert de savoir-faire technologique.

 

Ainsi du TGV chinois. Pour le construire, les Chinois ont consulté les plus grands fabricants mondiaux, Français, Japonais et Allemand. Condition d'obtention du marché : transfert de technologie. Alstom a refusé, le Japonais et l' Allemand ont accepté. Aujourd'hui, le TGV chinois est le plus rapide du monde, roulant sur les voies les plus longues du monde (ou presque), et oppose une concurence féroce sur tous les marchés mondiaux aux constructeurs occidentaux.

 

(Il serait intéressant de savoir comment les Français se sont fait aussi superbement couillonés dans cette affaire !)

 

Les Chinois construiront bientôt eux-même leurs centrales nucléaires et leurs avions, n'en doutons pas une seconde.

 

Non, sur le long terme, la Chine n'est probablement pas un bon pari commercial.

 

 

 Bob Willard

12/08/2010 

 

 

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Cissé Téencoremoi 13/08/2010 23:41


Cher Robert, la Chine jusqu'aujourd'hui était le supermarché du monde, elle est en passe de devenir LE monde, et nous le reste du monde, voire sa poubelle, son déversoir.
Quel comportement adopter face à ce déferlement de technologie, d'ardeur au travail, de foi inébranlable et d'abstraction de soi au profit d'une Nation sans état d'âme lancée à la conquête du
Monde...comment lutter pour tenir tête à cet empire devenu presque tout puissant? Nous n'avons pas la foi chevillée au corps et l'esprit de sacrifice à notre Nation économique qui en découle. Nous
rêvons de belles carrières très individualistes sans trop de partage, sommes très sûrs de notre savoir-faire en tous les domaines et pensons que nous allons épater la galerie avec nos multiples
talents.
Notre vieille Europe souffre de son égo post-colonialiste et impérialiste et sombre lentement dans une schizophrénie auto-destructrice. Voici ma question : allons-nous renaître de nos cendres dans
un ultime sursaut d'orgueil pour remplir le soleil levant de notre aura devenue enfin lumineuse, visionnaire et créatrice ? Je n'en parierais malheureusement pas un bol de riz.