Pétain ou Rambo ?

Publié le par Robert Willard

France3 nous a gratifié dernièrement d'un documentaire sur Pétain, en concurence avec Rambo sur NRJ12. Nous étions très tenté par Rambo, que nous tenons pour un des meilleurs films du genre - mais nous l'avions déjà vu quatre ou cinq fois : nous avons opté pour le documentaire (mais seulement après avoir regardé la scène où Rambo s'échappe de la prison de Hope en ratatinant tous les adjoints du shérif, et le shérif lui-même, interprété par l'excellent Brian Dennehy).

 

Nous avons regretté notre choix. Le documentaire était le plus creux et mal documenté que nous ayons vu depuis longtemps - en fait nous n'avons même pas souvenir d'avoir jamais vu une aussi mauvaise production.

 

Nous n'en avons retenu que les images finales de Pétain à son procès : un vieillard chenu, tremblottant et perclus de tics faciaux, lançant des regards couroucés à la caméra, dont l'opérateur semblait peu soucieux de ménager sa dignité.

 

Le débat qui a suivi le documentaire a réussi le tour de force de le surpasser dans l'insipide - animé il est vrai par une Béatrice Schönberg pas forcemment très bien armée pour cet exercice.

 

Nous n'en savons pas d'avantage sur Pétain, donc.

 

Partouzeur cynique (jusque pendant le guerre de 14-18, à soixante ans passés), tacticien brillant, ou partouzeur brillant et tacticien cynique, misanthrope soucieux de la vie de ses soldats, mégalomane patriote, larron fait par l'occasion - une chose est sûre : le bonhomme est beaucoup plus complexe que ne le laisse deviner son physique de grand-père idéal.

 

Nous pressentons qu'il était très doué pour la chose militaire, mais qu'il était trop jouisseur pour être ambitieux.

 

 Il préférait les galipettes en alcôves aux intrigues d'état-majors. C'est pourquoi il n'était que colonel (proche de la retraite) à la déclaration de guerre de 1914 - un colonel qui n' avait jamais mis les pieds aux colonies, passage obligé des belles carrières. On se demande même s'il avait jamais "connu le feu" (à notre connaissance, non).

 

La guerre va sortir le bougre de son anonymat.

 

En août 1914 l'armée française est encombrée de vieilles ganaches incomptétentes, rappelées de leur retraite pour nombre d'entre elles. Ces crétins ont eu le cerveau ramoli par quarante ans de guerres coloniales, où l'on mourrait beaucoup plus de fièvres et de dyssentrie que des flêches des indigènes. Certains commandaient déjà en 1870 et n'ont pas digéré la pâtée qu'ils ont prise par le Kronprinz. Aussi courageux physiquement qu'intellectellement abrutis, ils envoient leurs hommes au massacre par divisions entières, répétant inlassablement les mêmes inépties tactiques, avec une prodigieuse inefficacité.

 

La boucherie finit par émouvoir l'opinion. Le gouvernement s'affole et secoue les puces de Joffre, qui limoge tous azimuts. Il cherche avidemment à remplacer les vieilles badernes incapables (certains généraux sont si délabrés qu'ils tiennent à peine à cheval).

 

Parmi les officiers ainsi propulsés aux premiers rangs, Pétain se distingue par sa grande efficacité. Il manoeuvre habilement, dans l'offensive comme la défensive, et comprend bien l'armement moderne. Cela lui vaudra d'être rapidement promu au grade de général de brigade (dès août 1914), puis de division. Il est général d'armée en 1916 lors de la bataille de Verdun, où Falkenhayn se casse les dents (il sera limogé à l'issue de ce fiasco et remplacé par Hindenburg, héros national depuis qu'il a collé la pâtée aux Russes à Tannenberg en août 1914 - merci aux Russes tout de même qui avaient si bien bousculé les Fridolins qu'ils durent faire venir du renfort du front de l'ouest, permettant la contre-offensive française de la Marne, etc...)

 

"Verdun" est un monument de l'Histoire militaire française. Pétain y donne toute la mesure de son talent d'organisateur, de meneur d'hommes et de tacticien : à ce moment-là, c'est véritablement un GRAND. Il le restera jusqu' à la fin de la guerre.

 

De fait, Pétain semble avoir été  porté par cette guerre - sublimé, d'une certaine façon. Il fallait ça pour arracher ce jouisseur à sa routine libidineuse. Hélàs, la gloire légitime qu'il a retirée de son commandement  a réveillé chez lui le démon de l'ambition, paliant par ailleurs sa libido déclinante. Et il s'en est allé s'égarer en politique (probablement poussé par de très mauvais, et très intéressés, conseillers).

 

Le politique fut tout l'opposé du militaire : sans idées, rétrograde et dépassé, laborieux, myope et inconscient (utopique dirions-nous, si le terme n'était un peu trop joyeux pour qualifier la Révolution Nationale). Ne comprenant plus le monde - si tant est qu'il l'aie jamais compris hors son aspect militaire. N'ayant strictement RIEN à faire à la tête d'un état, pas d'avantage en tout cas que le premier épicier venu.

 

Le parfait représentant, à vrai dire, de la France de juin 1940.

 

 

Notre position, finalement, rejoint celle de De Gaulle : nous admirons l'immense chef de guerre que fut Pétain durant la Grande Guerre. Mais nous sommes consternés par sa prestation à la tête de l'Etat Français entre 1940 et 1944. Nous ne lui pardonnons pas d'avoir voulu mener sa Révolution Nationale sous l'oeil (goguenard) de l'occupant nazi - sans même parler du contenu de cette Révolution Nationale, qui fait à lui seul l'objet des débats que l'on sait.

 

Robert Willard

18/11/2010

 

 

 

 

Publié dans histoire

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Alain 23/11/2010 13:56


Et, tandis que Pétain se vautrait dans les lupanars du siècle dernier, on entend ici que Hitler était sans doute pédophile et homosexuel.
http://video.google.com/videoplay?docid=7729131735912550530#
Je dirais même plus : éviscérateur de petites vieilles, anthropophage et nécrophile à tendance scato. De toutes façons il sont morts, allons-y, on peut se lâcher, youpi !


Robert Willard 23/11/2010 14:35



Cher Alain, ne nous méprenons pas : je n'ai émis aucun jugement moral relativement au fait (à ma connaissance, notoirement connu) que Pétain ait été un fieffé coureur de juppons. En bon Français,
ça me ferait même plutôt marrer. La thèse que je soutiens est qu'il était une sorte de surdoué militaire, trop jouisseur pour exploiter ses dons - sinon contraint par l'occasion de la Grande
Guere. Et, par ailleurs, un très mauvais politique, hélàs rendu ambitieux suite à l'adulation dont il fut l'objet (légitimement, pour partie). Pétain était un cynique avant guerre (la Grande) :
s'il l'était resté (c'est à dire, lucide), il ne serait jamais venu se perdre en politique. Ce qui ne l'empêchait pas d'être aussi, sans aucun doute, fervent patriote... Quant à Hitler, il n'a
jamais été ni pédophile ni homosexuel (mais complètement givré, oui).