Quand y'en a plus, y'en a encore !

Publié le par Robert Willard

C'est la fête, cher lecteur !

Les bourses de la planète explosent à la hausse, les eurodirigeants s'entrecongratulent : le spectre hideux de la spéculation ravageuse est repoussé !

Qu'est-ce à dire ? Le sommet européen réuni en catastrophe a-t-il accouché des réformes structurelles indispensables à la survie de l' Europe, avec viriles signatures et unanimité résolue ?

Pas du tout.

La nouvelle qui met tout ce beau monde en telle liesse, c'est la création d'un "fonds européen" destiné à soutenir les pays menacés de banqueroute : 750 milliards d'euros mis au pot par les "vingt-six". Plus rachat par les banques centrales d'obligations des états en difficulté.

On croyait tout le monde fauché, eh bien non : quand y'en a plus, on se réunit, et abracadabra : Y'en a encore ! Peut-être Gérard Majax est-il au ministère des finances ?

Mais bon, après tout, les américains et les rosbifs le font bien, on aurait tord de se gêner !

Les coffres de la FED et de la BoE regorgent de titres pourris rachetés aux banques en pleine déroute l'année dernière. A présent ceux de la BCE vont se remplir d'obligations grecques, portugaises et espagnoles, achetés à coup de planche à billet. On appelle ça le "quantitative easing".

En quoi cela est-il une avancée en terme de construction européenne - voilà la question à 750 milliards d'euros. Certes, on est revenu sur l'une de ces absurdes rigidités dogmatiques constitutives de l'Union, qui empêchait la BCE de soutenir directement un état membre (les crétins qui ont pondu le règlement ne voyaient pas l'utilité d'envisager la défaillance d'un des membres - forcément, à l'époque la croissance mondiale pétait le feu de Dieu). On aurait aimé voir, dans la foulée, le pendant de cette réforme, c''est-à-dire l'adoption d'une clause d'exclusion d'un état membre manifestement tricheur et fauteur de (très graves) troubles.

Mais une telle mesure serait contraire à l'esprit de solidarité et de générosité qui préside à la construction européenne (où l'on sent bien que nos eurodirigeants ne sortent pas le pognon de leur propre poche - bien au contraire, les places à Bruxelles étant fort prisées, financièrement gratifiantes et politiquement hautement stratégiques). L'Europe aide, soutient, accueille, absorbe - mais n'exlut jamais. L' Europe est une grande famille où la fessée n'existe pas.

Bref. Aujourd'hui les marchés ne saluent pas une réorientation significative des institutions européennes : ils saluent, comme ils l'ont toujours fait, la pluie de milliards qui va re-irrigué le système bancaire menacé d'assèchement par la crise grecque.

Tout ça sent le provisoire, le bricolage voué à être balayé par le prochain vent de panique.

Les observateurs attentifs auront d'ailleurs noté que le rebond des bourses est largement imputable aux valeurs financières (les 6 plus fortes  hausses du CAC40 sont des banques), lesquelles ont un poids relatif considérable dans le calcul des indices. Il ne leur aura pas non plus échappé que le rebond de l'euro vs dollar s'est considérablement dégonflé en cours de journée, affichant à cette heure (20h24) un modeste +0.54% après avoir atteind plus de 2% de hausse à la mi-journée - traduisant une confiance mitigée des arbitragistes monétaires en la pérennité de ce retournement. Méfiance traduite encore par l'évolution des cours du pétrole, parallèle à celle de l' €/$  : un beau soufflé en voie de débalonnement... Les places américaines sont à l'heure actuelle sur leurs plus bas niveaux du jour ou plafonnent depuis les premières heures d'ouvertures. Si l'on ajoute au tableau la hausse purement mécanique induite par les vendeurs à découverts contraints de se racheter pour faire face aux appels de marge, on voit que la dynamique du mouvement n'est peut-être pas ce qu'elle a l'air d'être.  

Bob Willard

10/05/2010

 

 

 

 

 

 

Publié dans europe

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