Standard & Poors et L.H. Oswald : histoires de pigeons ?

Publié le par Robert Willard

 

Aujourd'hui nous vous proposons un petit topo sur les agences de notation financière, cher lecteur. Le sujet nous en a été suggéré par notre ami Philippe, vieux compagnon de route, fidèle lecteur 797px-StandardPoors Headquarterset soutien du présent blog (que nous saluons affectueusement).

 

Donc, quid de ces institutions jusqu'ici totalement inconnues et qui, depuis la crise de 2008, ne quittent plus guère le devant de la scène médiatique ?

 

Celles qui comptent vraiment sont au nombre de trois - pas une de plus : Standard & Poor's, Moody's et Fitch. Les deux premières sont américaines, la troisième française à 60%, américaine à 40%.

 

 Leur rôle est de "noter" le risque que fait courir un emprunteur (Etat ou société publique ou privée, des banques majoritairement) à ses éventuels créanciers. Meilleure est la note, plus faible sera le taux auquel l'emprunteur empruntera, et donc moins son emprunt lui coûtera cher. (Ce qui est réellement noté, en fait, sont les instruments financiers par lesquels l'emprunteurs veut se financer : obligations, produits titrisés, Bons du Trésor, etc.)

 

Historiquement, leurs appréciations sont largement écoutées par les autorités politiques et économiques des Etats, ainsi que la communauté financière, spéculateurs et investisseurs confondus.

 

Mais depuis 2008, elles commencent à être regardées de travers par un nombre grandissant de dirigeants de tous poils. C'est que l'on ne comprend pas comment elles pouvaient gratifier la plupart des créances hypothécaires titrisées (pour ne citer qu'elles) de notes "triple A" (c'est à dire représentant zéro risque pour l'investissuer désireux de les mettre à son portefeuille), ce, à la veille de leur complet effondrement.

 

On se souvient aussi qu'elles tenaient Enron pour une entreprise exemplaire jusqu'à une semaine avant sa désintégration, de même que LTCM et Lehman Brothers, et qu'elles ont arrosé les dot.com de "AAA" jusqu'à la veille du séisme de 2001 qui en engloutit les neuf-dixièmes.

 

On trouve par ailleurs qu'elles ont contribué à dramatiser la crise grecque en dégradant brutalement la note du pays.

 

Globalement, on leur repproche aujourd'hui de surnoter tant que tout va bien, et de sous-noter quand tout va mal. C'est-à-dire que non seulement elles n'anticipent pas les retournements majeurs, mais elles les masquent aux yeux des investisseurs par leur surnotation. Elles sont donc génératrices soit de confiance excessive, soit de panique, selon le contexte.

 

Bref, on commence à se demander quelle peut bien être leur valeur ajoutée, finalement. Surtout en Europe.

 

Car enfin, il s'agit de sociétés américaines (hormis Fitch qui ne l'est qu'à 40%, et qui se trouve être la moins influente des trois), de statut privé, et dont l'essentiel des revenus vient des sociétés américaines qu'elles notent (dont une très grosse proportion de banques). Compte tenu du degré de consanguinité entre la sphère politique dirigeante  et la finance internationale américaines (voir le nombre d'ex-Goldman Sachs ayant transité, ou figurant toujours, aux postes de décisions financiers du gouvernement US), on a beaucoup de mal à croire que ces organismes, si influents à l'échelle planétaire, jouissent d'une totale liberté d'action  dans l'établissement de leurs évaluations.

 

Si bien que, en plus d'être incompétentes dans l'appréciation des possibles retournements majeurs, ces agences, du point de vue européen en tout cas, se voient soupçonnables de parti pris pro-étasunien.

 

Mais ne mélangeons pas tout...

 

Au niveau de la sphère économique privée, la responsabilité des agences dans la crise actuelle semble aussi lourde qu' incontestable, dans la mesure où leurs notations farfelues ont encouragé une spéculation débridée et appuyé des investissements colossaux dans des produits financiers s'étant révélés beaucoup plus "junk bunds" que "AAA".

 

En revanche, il convient de les accabler plus modéremment pour ce qui concerne les conséquences de leurs notations des dettes des Etats - ou encore, leur impact dans la shère publique de l'économie.

 

 En effet, elles n'ont ici de poids que dans la mesure où les Etats  ont besoin des marchés financiers pour se financer - et sont par là dépendant de la qualité de la note que les agences de notation donnent à leur dette.

 

Que les Etats s'affranchissent des marchés financiers comme source de financement, et le pouvoir de nuisance des agences disparait aussitôt de la sphère publique.  On voit où nous voulons en venir : la dictature des agences de notations, si complaisamment désignées à la vindicte populaire par nos dirigeants en mal de bouc émissaire, est le produit direct de l'abandon de souveraineté monétaire perpétré par les pays européens il y a quarante ans, au profit de M. Le Marché (dont les agences de notation ne sont, à tout prendre, que des seconds couteaux).

 

Standard & Poors et consorts seront-elles les Lee Harvey Oswald de cette crise ?

(Lors d'un transfert après son arrestation, Oswald s'écriera à l'adresse des journalistes présents : "Je suis un pigeon !" )

 

(Sur le sujet voir aussi : ici ; concernant L.H. Oswald, voir ça : rien à voir mais très intéressant tout de même.)

 

Bob Willard

19/12/2010

 

 

 

 

 

 

 

 

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