Touche pas à mon dividende !

Publié le par Robert Willard

Nos interventions vont se faire plus rares, cher lecteur, car le temps nous manque. Nous tacherons néanmoins de rester intéressant...

 

Bien entendu vous êtes au courant des soucis de BP. Après avoir négligé les multiples alertes émanant de sa plate-forme de forage dans le golf du Mexique, voilà ce géant pétrolier aux prises avec une marée noire historique et une fuite récalcitrante. BP va y laisser quelques dizaines de milliards de livres, probablement (y compris l'amende de 850 millions de dollars dont il devra s'acquiter auprès des Etats-Unis d' Amérique), soit 3 ans de résultats environ.

Le PDG responsable de ce fantastique fiasco a été débarqué mardi dernier et remplacé dans la foulée par Tony Hayward.

 Bien. Que nous dit Tony à peine intronisé ? Que BP va tout mettre en oeuvre pour colmater la fuite, une nouvelle tentaive est dores et déjà en cours. Mmmh. Mais encore ? Que "tout sera fait pour conserver le dividende des actionnaires".

Aaah ! Ouf ! Voilà ce que nous voulions entendre : le "dividende des actionnaires" ne sera impacté qu'en tout dernier ressort. Concrètement, cela signifie que toutes sortes de coûts vont être réduits (pour absorber les 30 milliards de livres de pertes) avant les coûts liés au versement du dividende : masse salariale, investissement, remplacement de matériel, etc.

Tout le monde paiera avant les actionnaires. Surtout les salariés, bien entendu, qui vont voir leur rémunération amputée ou gelée et leurs conditions de travail dégradées.

Mais si quelqu'un est payé pour assumer le risque, n'est-ce pas précisemment l'actionnaire - avec le dividende ? Si quelqu'un doit payer AVANT tout le monde, n'est-ce pas, par définition, l'actionnaire ?

Mais plus personne ne veut assumer de risque de nos jours - les gros brasseurs d'argent moins que personne. L'ingénierie financière de ces vingt dernières années s'est concentrée sur la création de produits sensés répartir le risque de façon si parfaite qu'il devenait pour ainsi dire inexistant : ils ont évidemment rencontré un très large succès auprès des crétins qui croyaient possible d'avoir quelque chose (gagner de l'argent) en échange de rien (zéro risque). Parmi ces produits miracles, la palme revient aux créances titrisées farcies de tout et n'importe quoi, dont les fameux subprimes...

Quand le mythe du risque zéro a pris fin avec l'effondrement des subprimes et sa cascade de désastres collatéraux, on n'a pas laissé pleurer les investisseurs abrutis qui avaient cru à l'argent gratuit : on les a renfloués avec les deniers publics. C'est-à-dire que l'on a atteind le stade suprême de dillution du risque en le reportant sur des nations entières - et dans le cas de l'Europe, sur un ensemble entier de nations. Le risque est traité à égalité avec les pires maladies contagieuses ou les plus terrifiantes dérives politiques  totalitaires : il doit disparaître, il est ESSENTIELLEMENT mauvais - son erradication étant bien entendu à la charge des nations.

(Notons que cette peur du risque s'étend à tous les aspects de notre vie moderne, et pas seulement financiers. Elle prend le plus souvent la forme d'une fuite devant les responsabilités conduisant paradoxalement tout à la fois à une tendance à la surprotection et au laxisme institutionnalisé.)

Cela est bien entendu tout à fait du goût des gros brasseurs d'argent, qui voient ainsi leur risque nationalisé sans que leur profit cesse d'être très étroitement privatisé.

La déclaration de Tony Hayward est finalement touchante de sincérité tant elle résume bien les règles du jeu d'aujourd'hui : "Le pognon pour nous, les risques pour vous."

 

Bob Willard

04/06/2010

 

 

 

 

Publié dans société

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