Tour d'Europe du Foutage de Gueule

Publié le par Robert Willard

Voekler ne sera pas sur le podium aux Champs-Elysées.

 

De nombreux spécialistes s'accordent à dire qu'il aurait pu y être s'il n'avait fait une boulette tactique dans le Col du Télégraphe jeudi dernier. Quelle boulette ? Eh bien, suite à une accélération de Contador, concommitente à un ennui mécanique d' Evans, Thomas s'est retrouvé isolé entre les deux. Il lui fallait alors fait un choix : produire un gros effort pour recoller rapidement à l'Espagnol, ou se laisser rejoindre par le groupe Evans au sein duquel se trouvaient ses coéquipiers - et revenir au train, en cette compagnie, sur Alberto.

 

Le tempérament combatif du Français lui a fait choisir la première option - à priori pas plus absurde que la seconde. La boulette ne réside pas dans ce choix : elle est dans le fait de s'y être accroché, alors même qu'il devenait clair qu'il y laissait beaucoup trop de forces sans gain appréciable sur Contador.

 

Dès lors il aurait fallu déccrocher - reculer temporairement pour regagner une position plus confortable - le groupe Evans où se trouvaient ses équipiers. C'était l'attitude raisonnable à adopter.

 

Mais Thomas, à ce stade, a clairement manqué de lucidité. Gageons qu'il s'en souviendra pour l'année prochaine. (Nous prédisons un Tour 2012 d'anthologie. Nous y reviendrons.)

 

Oui, Thomas, avec un Tour de France dans les jambes et son maillot jaune à défendre dans le Col du Télégraphe face aux meilleurs grimpeurs du monde, l'un s'échappant devant, l'autre traînant derrière, luttant avec des pentes de 9% sous oxygène raréfié, a manqué de jugement : il a voulu courir au dessus de ses moyens.

 

C'est évidemment regrettable.

 

Nous lui en tiendrons toutefois beaucoup moins rigueur qu'aux andouilles encravatées de Bruxelles qui font vivre l'Europe au dessus de ses moyens depuis vingt ans, confortablement installées dans leurs capiteux fauteuils de direction, air conditionné respirant, et, pour tout exercice physique, piles de parapheurs signant.

 

Voekler a fauté - une seule fois en trois semaines - et Voekler a payé, cash, de son podium. Un sportif de ce niveau ne peut pas payer plus cher.

 

Nos eurocouillons déconnent plein pot, à jet continu, année après année - et ne paient rien du tout, jamais, bien au contraire perçoivent grasses indemnités et plantureuses retraites.

 

Non seulement, mais ils s'autorisent en sus des foutages de gueule qui forceraient presque notre admiration, si nos pulsions d'empalement - ou à tout le moins de bastonnade en place publique - n'étaient si fortes.

 

Voyez le récent "sauvetage" de la Zoneuro, menacée par la crise grecque.

 

Jean-Claude Trichet, le futur ex-président de la BCE, glapissait des prophéties calamiteuses si jamais la Grèce devait faire défaut : ses banques couleraient à pique, faute de pouvoir apporter en garantie de leurs emprunts leurs obligations d'Etat nationales désormais frappées de nullité ; et dans la foulée des banques grecques, tout le système financier européen.

 

Or à l'issue du sommet de jeudi à Bruxelles - surprise : un défaut de la Grèce n'est plus si grave que ça ! Trichet en a pris son parti, dites-donc !

 

Quelle sensiationnelle découverte justifie cet impensable revirement ? Se serait-on trompé d'une décimale dans le calcul de l'indice de solvabilité du réseau bancaire zoneuropéen lors du récent stress-test ?

 

Rien de cela, cher lecteur. Ce qui a valu à JC Trichet de finalement accorder sa caution au plan de sauvetage grec, c'est une pauvre bidouille comptable d'une grossièreté proprement éblouissante : figurez-vous que désormais la BCE n'aura plus à acheter les obligations d'Etat grecque, c'est le Fonds Européen de Stabilité Financière qui le fera. Vous avez compris ? La BCE retire ses mains du caca, c'est le FESF qui s'y collera désormais. C'est toujours de NOTRE argent qu'il s'agit bien entendu, la situation est toujours rigoureusement aussi pourie, mais, techniquement parlant, ça ne concerne plus directement Jean-Claude : il n'a pas dit "oui" au plan d'aide - il a dit "je m'en bas l'oeil." (d'autant plus qu'il part en retraite dans trois mois.)

 

François Baroin, notre ministre de l'économie, semble avoir apprécié à sa juste valeur le foutage de gueule (FDG) de JC Trichet - et, en bon compétiteur, il s'est manifestement promis de faire mieux à la première occasion. Et vous savez quoi ? Le bougre y est parvenu !

 

La manière dont il nous explique que l'aide à la Grèce ne nous coûtera rien relègueTtrichet, nous devons le concéder, au pauvre rang de quasi-honnête homme. Nous ne résistons pas au plaisir de vous livrer un large extrait de sa déclaration :

 

"Ces 15 milliards prévus d'ici 2014 [la part française de l'aide, NDLR] n'auront qu'un impact comptable sur la dette, et aucun sur le déficit, souligne-t-il, et cette dette sera émise par le FESF et non par la France.
"La France intervient sous forme de garantie. Or, depuis l'an dernier, les statisticiens européens nous ont indiqué que la dette du Fonds européen de stabilité financière devait être rattachée comptablement à chaque Etat pour la part qu'il garantit", déclare François Baroin. "Au-delà de cet impact comptable, la France n'a pas besoin d'emprunter davantage et notre déficit n'est pas impacté. Ni le Fonds ni a fortiori la France ne s'appauvrissent dans l'opération"

 

Oui, c'est volontairement allambiqué - il faut que ça ait l'air très compliqué pour que nous autres, pauvres crétins, ne songions pas à contester - mais la conclusion est limpide : ces quinze milliards déboursés n'appauvrissent personne - mais désappauvrissent quand même la Grèce. Abracadabra...

 

Baroin vient de placer la barre très haut en matière de FDG. Après ça, les concurrents sont presque condamnés à tenter l'exploit ultime (The ultimate FDG) - adopter, pour slogan de campagne électorale :

 

"VOTEZ POUR MOI, BANDE DE CONS."

 

Ce n'est qu'une question de temps.

 

Bob Willard

25/07/2011

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