"Tu me prends pour un jambon ?"

Publié le par Robert Willard

" Eh, oh ! Tu me prends pour un jambon ?" (Prononcer avec un léger accent du sud-ouest.)

C'était l'interjection favorite du directeur général d'une société pour laquelle j'eus l'honneur de travailler, dans une vie antérieure.

Quand il interrogeait un collaborateur et que la réponse sentait par trop le foireux, il coupait aussitôt le baratineur : "Eh, oh ! Tu me prends pour un jambon ?" - et il fallait passer aux vraies explications. On ne la lui faisait pas...

Et comme on aimerait pouvoir ainsi interpeller nos eurodirigeants ! Dont l'incompétence semblent inversement indéxée sur le prix de leurs costards et le montant de leurs indemnités ! Tous ces charlots, si fiers d'eux-mêmes, qui s'entre-congratulent de réunions en sommets, jouisseurs sans pudeur de leur puissance de tireurs de manettes. Il faut les voir se sourire, s'embrasser, se palper lors des retrouvailles, comme les clébards se carrent la truffe dans le fion. Si contents d'être entre eux, bien pareils, de la même stratosphère sociale.

Quelle spectacle que cette clique de charlatans à l'ouvrage !

Et comme elle nous prend bien complètement,  totalement, définitivement pour des jambons !

Il y a quelques mois, Papandréou se rendait en Allemagne, la moustache triste et la queue basse, affirmant dignement qu'il ne venait pas demander de l'argent, mais du "soutien". Les premiers relents de jambon avaient alors titillé mes narines d'eurocontribuable.

Puis il y a eu, laborieusement, sur fond de rouscaillance teutonne, de sermons de Trichet et de gesticulations sarkoziennes, l'accord zoneuro-FMI, présenté comme une simple garantie destinée à rassurer les marchés et ayant peu de chance de devoir être activée. Le fumet prenait un peu de corps.

Puis de nouveau Papandréou : "Nous n'aurons pas besoin d'activer l'aide zoneuro-FMI.", il y a quelques jours. Sniff... Sniff... Ca commençait à fouetter dru...

Puis aujourd'hui, le même Papandréou : "Au secours !"

Et Paf ! Quarante-cinq milliards dans nos tr(a)onches de jambons !

ET Junker, qui visiblement craignait d'être en reste, ce si sémillant luxembourgeois, dont le profil n'est pas sans évoquer quelque croisement entre Bill Gates et Dustin Hoffman - Junker, donc, de déclarer sans molir le moindre, tu parles, un tas de jambons pareil, pourquoi se gêner - de déclarer que cette décision "renforce" l'euro.

Qui pourrait en douter ?

Mais je dois m'interrompre, étant à ce stade pris de suffocation : ils sont en train de fumer le jambon !

 

A bientôt !

Bob Willard

23/04/2010

Publié dans Crise Grecque

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