Quand Trichet fait son Marchais

Publié le par Robert Willard

Feu Georges Marchais avait certes des défauts (dont le moindre n’était pas d’être communiste). Mais c'est en quelque sorte l'un d'eux qui fit sa fortune politique : une langue de bois portée à un tel niveau d’outrance qu’elle en était devenue franchise, avec effet comique en prime.

Dans une interview conduite par Alain Duhamel (je crois), Marchais se vit un jour poser une question embarrassante. Il y réfléchit posément, durant d’interminables secondes, laissant croître une attente de plus en plus jubilatoire du public. Quand la tension fut à son comble, il lâcha enfin : « Votre question ne m’inspire aucune réponse. » La France entière éclata de rire, et la question fut belle et bien enterrée. Personne n’était dupe, mais ce n’était pas Marchais qui avait l’air le plus idiot.

Il était un maître dans ce registre, que personne n’a égalé depuis. Un mélange très particulier de bonhomie, de rouerie et d’authentiques convictions, qui forçait la sympathie, voire l’estime.

Mais tout le monde n’est pas Marchais – Jean-Claude Trichet probablement moins que quiconque.

Alors quand Trichet joue au Marchais, le résultat est forcément tout, sauf drôle.

Ainsi, lorsque l’on évoque devant lui l’éventualité d’une sortie de la Grèce de la Zone Euro, et qu’il répond, sans aucun commentaire : « C’est une hypothèse absurde. » - il ne fait rire personne.

Il est même franchement inquiétant, tant sont puissants les relents de sectarisme borné qui accompagne une telle attitude.  Monsieur Trichet semble en effet nous INTERDIRE, purement et simplement, de seulement penser à la possibilité que la Grèce quitte l’ eurozone – sans y apporter le moindre argument.

Car depuis le début de l’affaire grecque, on cherchera en vain des explications claires, objectives et chiffrées du risque encourue par l’eurozone en cas de sortie de la Grèce.

 On a parlé d’ une « perte de confiance » de la communauté internationale (et surtout des marchés financiers) : mais en quoi l’exclusion d’un membre devant son admission à la fraude, et souffrant de finances dans un état catastrophique dû à tout un tas de raisons plus ou moins sordides – en quoi l’exclusion d’un tel membre, donc, pourrait- elle affecter la confiance des marchés ? L’ eurozone n’en sortirait-elle pas assainie, un peu plus homogène, plus sûre pour les investisseurs ?

Cela risquerait de faire sombrer la Grèce, nous répond-on, et par ricochet le système bancaire européen lourdement engagé dans sa dette. Parce qu’il serait inconcevable de continuer à soutenir la Grèce hors zone euro ? Le FMI y arrive bien, lui (Papandréou l’a assez répété…) !

La Grèce recouvrant sa monnaie pourrait rejouer de l’arme monétaire et recouvrer une liberté d’action en adéquation avec la stature et la structure de son économie, qui n’ont pas grand chose en commun avec celles de l’Allemagne.

Autant de vraies questions auxquelles on aimerait bien avoir des réponses, quitte à se voir démontrer qu’effectivement, la Grèce ne DOIT PAS sortir de l’eurozone. Car pour le moment, le cataclysme que cette sortie est censé provoquer semble aussi crédible que l’était l’existence des armes de destruction massive irakiennes.

(A la vérité, nous avons bien notre idée sur les raisons qui sous-tendent ces non-réponses des dirigeants européens. Elles ont à voir avec les notions d’ « humiliation », d’ « aveu  d’échec »  qu’ils ont évoquées en justification du refus de l’intervention du FMI – notions qu’il est proprement stupéfiant de voir apparaître à ce niveau de problématique. Nous y reviendrons.)

Bob Willard
28/03/2010

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