De Liège à Tannenberg (ou les oubliés de la Grande Guerre)

Publié le par Robert Willard

(Nous écrivons ces lignes avec une pensée particulière pour notre cousin Alexandre, qui comprendra pourquoi...)

 

Dans notre dernière publication nous avons évoqué la bataille de Tannenberg, cher lecteur. Une bataille de la Grande Guerre complètement inconnue du grand public français, qui pourtant pesa très, très lourd dans la suite des évènements.

 

Nous allons vous en parler aujourd'hui, faisant ainsi, modestement, oeuvre de réhabilitation - car il nous paraît trop injuste que tant d'hommes se soient fait trouer la peau à notre plus grand bénéfice, sans que personne en sache rien.

 

Remontons donc le temps jusqu'en août 1914.

 

Le 3 août 1914, l' Allemagne déclare la guerre à la France et envahit la Belgique.

 

Qui a entendu parler de la guerre des Belges ? Elle occupe une demi-ligne dans les livres d'histoire des collégiens, comme si les teutons avait traversé le pays la fleur au fusil en chantant "Alten Camaraden". Or, la Belgique fut bel et bien le premier os sur lequel ils tombèrent. Car les Belges cèdent, évidemment, mais ne se couchent pas. Ainsi la forteresse de Liège repoussera les assauts allemands, qui devront amener la plus grosse pièce d'artillerie jamais employée pour la réduire enfin, le 16 août.

 

 

 

Cette résistance opiniâtre aura immobilisé deux corps d'armée, une semaine de plus que ne l'avait prévu le plan d'invasion allemand. Une semaine qui vaut son pesant de sang français, car si ces troupes avaient pu participer aux combats contre le BEF britanique et les troupes françaises, sur notre sol (le reste de l'armée allemande avait continué sa route durant le siège de Liège et pénétré chez nous), si ces troupes avaient pu être engagées, donc, il n'est pas dit que les conditions ayant permis la contre-offensive de la Marne auraient été réunies...

 

Honneur aux vaillants soldats Belges, donc.(Nous sommes plus nuancé en ce qui concerne leurs dirigeants, qui s'obstinèrent à refuser l'entrée préventive de troupes françaises sur leur territoire.)

 

Et honneur, enfin, aux Russes !

 

Car le 16 août, lorsque les deux corps d'armée allemands peuvent enfin être redéployés, ils ne sont pas envoyés en renfort sur le front de l'ouest, où les armées françaises et britanique se replient alors à bride abattues, frôlant de nombreuses fois le désastre irrémédiable : ils sont dirigés en lieu et place sur le front de l' Est - où les troupes chleues sont en train de se prendre une véritable déculottée par les Russes en Prusse Orientale !

 

photo soldats Français et soldats Russes

 

Qui se souvient des Russes en 1914 ? Tout leur effort de guerre semble résumé par "Traité de Brest-Litovsk" dans les manuels scolaires. En 1914, les Allemands les croyaient incapables de représenter quelque menace que ce soit avant le quarantième jour suivant la déclaration de guerre, car le gigantisme du pays et le piètre état des routes rendaient, théoriquement, le regroupement des conscrits laborieux.

 

Las, les russes sont opérationnels avec plus de vingt jours d'avance sur le calendrier de Von Schlieffen ! Et ils attaquent ! Ils attaquent si bien qu'un début de panique saisit Von Moltke, le chef d'etat-major général. La Prusse orientale est le coeur même de l' Empire allemand. La moitié de l'élite militaire teutonne en est issue, et possède là-bas terres ancestrales, familles et serviteurs dévoués : que les Russes bouffeurs de nourissons et violeurs sanguinaires y pénètrent, voilà le pire cauchemard de tout général prussien !

 

Moltke en a des vapeurs. Dare-dare il envoie en renfort, donc, les deux corps d'armée sus-mentionnés ; il dégage le général Prittwitz, commandant en chef du front de l' Est, qui a si lamentablement merdé face aux Russes, et le remplace par le vieil Hindenbourg, qu'il flanque de Luddendorf, récent vainqueur de Liège et stratège avéré.

 

Ces deux-là sont faits pour travailler ensemble. Hindenbourg a le charisme du Chef et la poigne dure comme l'acier Krupp ; Luddendorf est froid comme le marbre et bouge les armées comme personne. Deux belles têtes carrées prussiennes faites pour la guerre.

 

Le tandem va vite démontrer son efficacité. Il sonnera le glas de la poussée russe à Tannenberg, où une première armée du Tsar se fera encercler (cas unique au cours de ce conflit) le 29 août, et une seconde sera défaite quelques jours plus tard. Commencera alors le long calvaire de l'armée russe, qui conduira, par le désespoir de ses soldats, à la révolution de 1917, et quatre-vingts ans de communisme.

 

La Russie a payé très cher sa défaite à Tannenberg.

 

Mais cette lointaine bataille aura soulagé d'autant les troupes françaises à l'ouest, où Joffre a pu regrouper ses troupes derrière la Marne, appuyé sur Paris et sa ceinture fortifiée, et lancer la plus fameuse contre-offensive française de toute la guerre.

 

 

Non, n'oublions pas les Belges et les Russes, cher lecteur, lorsque nous songeons aux exploits de nos Poilus : Ils ont, eux aussi, mérité de notre Patrie.

 

Bob Willard

23/11/2010

 

 

 

 

 

Publié dans histoire

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