France, République et prétentions

Publié le par Robert Willard

Aujourd'hui, cher lecteur, nous allons tenter d'y voir un peu plus clair quant au bien fondé des prétentions françaises en matière de républicanisme : est-elle si bien habilité à donner des leçons au reste de l'univers?

 

Voyons voir :

 

1789 :  Une classe bourgeoise naissante voulait botter le train à la noblesse et au clergé, ordres abâtardis et largement parasitaires ne pouvant plus guère justifier des privilèges exorbitants dont ils jouissaient. Mais ces derniers ne voulaient rien lâcher de leur gâteau (aujourd'hui, on dirait de leurs "acquis"... - mais passons) - évidemment. Ils ne concevaient tout simplement pas de vivre autrement que leurs parents, et qui les en blâmeraient ? Les gens croient que les choses durent toujours...

 

Le roi, ce gros couillon, chiffe molle de fin de race, flairait vaguement que tout ça risquait de finir mal, mais il ne voulait se fâcher avec personne. Un coup de lèche au populo, une caresse aux particulés, une papouille à la curetaille - il était plein de bonne volonté, pépère, tout chagriné de voir son bon peuple se chicorner.

 

Mais l'heure n'était plus aux gouzi-gouzis. Là où de simples réformes auraient probablement suffit, imposées par un monarque normalement muni d'une solide et royale paire de couilles - nous avons eu la Révolution, une sordide boucherie qui dut beaucoup à la racaille parisienne, menée par une poignée d'exhaltés dont le fanatisme se doublait d'un sens aigu du calcul politique.

 

On raccourcit Louis XVI, et vint la Première République -  foutoir intégral, guerre contre les voisins coalisés,Terreur, Contre-Terreur et toutim.

 

Le sacre de Napoleon met fin à ce bordel en 1804 : la République avait vécu douze ans (et quels !).

 

Et c'est repartit pour dix ans d' Empire et trente-quatre ans de monarchie : Napoléon remplacé par Louis XVIII (le roi SDF) en 1815, qui clabotte et est remplacé par Charles X en 1824, lui-même éjecté au profit de Louis-Philippe (cousin de louis XVI et ancien jacobin !) en 1830, lequel reste en place jusqu'en 1848, coincé entre les légitimistes qui ne lui pardonnent pas son passé de jacobin, et les républicains qui voudraient en finir avec les Bourbons.

 

1948 : une révolution d'opérette remercie Louis-Philippe, pour instaurer la IIème République - qui durera trois ans, jusqu'en 1852. Détail cocasse : élu au suffrage universel (c'est une première), son président n'est autre que le futur empereur.

 

1852 : Coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte, ci-devant président de la II ème République, donc, qui enfile aussi sec sa casquette d' empereur et nous embarque pour le Second Empire jusqu'en 1870. Cette date fatidique voit la Prusse nous coller une râclée, à l'occasion d'une guerre d'une rare stupidité, et nous raffler l' Alsace et la Lorraine : elle marque aussi la fin du régime monarchique (et de son dérivé impérial) en France.

 

A ce stade (nous sommes en 1870, avec encore au cul la trace de la botte cloutée prussienne), nous pouvons donc nous enorgueillir de quinze ans de république depuis 1792, dont une grande partie sous l'autorité alternée de fanatiques sanguinaires et d'opportunistes mégalomanes, en guerre contre la moitié de l'Europe, et le reste sous la présidence d'un futur empereur.

 

1870 : proclamation de la IIIème république. Elle va durer soixante-dix ans, record à ce jour inégalé. Et si c'est la Prusse qui lui a permis de naître, c'est l' Allemagne qui va provoquer sa chute, en1940.

 

1940 : Pétain, héros de la Grande Guerre, est rappelé au pouvoir par des Français encore sous le choc de l'invraissemblable déculotée que vient de leur infliger l' Allemagne nazie. Détestant la IIIème République, qu'il tient pour responsable de la décadence française, farouchement anti-communiste, normalement anti-sémite (c'est à dire comme les trois-quarts de la population européenne à cette époque), le Maréchal ne trouvera rien de mieux que de profiter de la tutelle nazie pour engager le pays dans sa Révolution Nationale, improbable utopie visant à faire du Français une sorte de scout paysan, ainsi rendu à la quintescence des vertues de la nation. Cette entreprise pathétique, entachée de l'assentiment nazi et de collaboration excessivement zélée, finira comme on le sait, en 1944.

 

Depuis, soixante-six ans plus tard, RAS en ce qui concerne l'orthodoxie républicaine des régimes qui se sont succédés.

 

Récapitulons : cela nous fait cent-cinquante et un ans de régime républicain.

 

A opposer aux deux-cent vingt et un ans que l'on a tendance à compter (c'est en tout cas comme cela que l'on apprend à le compter à nos enfants) en partant de 1789.

 

A comparer aux deux-cent vingt-sept ans, authentiques ceux-là, de la démocratie nord-américaine.

 

A rapprocher des cent-cinquante-sept ans que comptait la République des Provinces Unies (PaysBas) lorsqu'elle fut envahie par... Napoléon, en 1805.

 

Et des cent-quatre-vingt-six ans de la République du Mexique.

 

Et que dire des deux-cent-trente ans d'ancienneté du régime anglais ?

 

Etc.

 

Comme on le voit, ce rapide survol historique permet, comme disait notre arrière-grand-mère, de "remettre les choses où y sont".

 

La France est loin de pouvoir se poser en championne historique de l'expérience républicaine. Elle eut ses Lumières, certes. Mais le phrasouillage est une chose, la mise en oeuvre concrète et durable des idées, une autre : et pour cette dernière, nous avons des leçons à prendre de pas mal de monde !

 

Le plus cocasse, c'est que Napoléon, par ses victoires sur les contre-révolutionnaires européens, à sans doute plus que n'importe qui contribué à la diffusion de l'esprit républicain en europe - lui qui reste, dans l'imginaire populaire, comme un dictateur assoiffé de puissance...

 

Bob Willard

23/10/2010

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans société

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Alain 25/10/2010 17:14


S'il est vrai que la France ne peut pas et ne doit pas s'ennorgueillir à l'excès de son passé révolutionnaire et républicain, nous ne devons pas à contrario nous auto-flageller à l'excès. Notre
société contemporaine est suffisamment déclinante pour ne pas en rajouter. Nous sommes déjà en train de fléchir sur le plan économique face aux pays dits émergeants. Que sera la France de demain
sinon un vassal de la Chine, devenu tout-puissant à force de copier/coller nos technologies à marche forcée, opposant à notre mode de vie basé jusqu'à ces dernières années sur le respect de
l'individu et la solidarité nationale sa domination autocratique et collectiviste tendant à abrutir à l'extrême l'individu réduit à l'état de rouage. Est-ce cela que nous souhaitons à nos enfants?
Ce monde meilleur cù des goupements de personnes arguant de leur élection au suffrageuniversel se mettront au service de groupements financiers et nous écraseront de leur pouvoir absolu ? Caméras
omniprésentes, lois oppressives appliquées avec zèle par un Etat policier, paupérisation d'un peuple devenu servile? Abrutissement des masses grâce aux médias devenus antennes du pouvoir? En ce qui
me concerne j'ai choisi mon camp. Il est des situations où l'humain doit cesser de tergiverser et trouver sa vérité.
Amicalement. Alain.