Où il n'est pas du tout question de la Libye, ni de BHL, ni de Kouchner

Publié le par Robert Willard

L' homme est un filtre.

 

Son ouïe ne lui transmet qu'une partie des sons existants - et cette partie elle-même est déformée.

 

Sa vue couvre un spectre limité, lui aussi déformé. Il ne voit rien de tout événement d'une durée inférieure à quelques millisecondes.

 

Idem pour ses autres sens : tous ne lui restituent qu'une partie de l'existant, et toujours de façon déformée.

 

Et idem encore pour son entendement. Nous employons tous les mêmes mots ; mais personne ne leur donne le même sens. Ils sont filtrés par notre culture, notre vécu, notre intelligence.

 

Notre perception de l'environnement n'est pas spontanément objective : au milieu de choses et de sons connus et inconnus, nous entendons d'abord les sons, et voyons d'abord les choses, que nous connaissons. Notre cerveau n'aime pas l'inconnu - il le filtre.

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Il aime si peu l'inconnu qu'il peut nous faire voir des choses qui ne sont pas, mais que nous connaissons, en lieu et place de choses réelles, mais inconnues.

 

Il peut vous faire lire une ligne entière d'un livre, inexistante, mais dont le sens correspond à ce que vous anticipiez logiquement d'après ce qui précédait - au lieu du vrai texte dont le sens vous surprend.

 

Il vous plonge dans la plus complète confusion lorsqu'une distraction vous a conduit dans une pièce de votre appartement, alors que vous pensiez être allé dans une autre. La confusion vient du décalage entre l'image reçue par vos yeux - qui est objective, et l'image que votre cerveau "voulait voir" - qui est subjective. Et le premier reflexe n'est pas de se rallier à l'objectivité et de se dire : "Tiens, je me suis trompé de pièce." ; il est de penser, plus ou moins fugitivement : "Bon sang ! Qui a mis des toilettes au milieu de ma chambre ?"

 

L'objectivité est physiologiquement contre-naturelle.

 

Cela n'est pas vraiment un drame en soit. Le drame, c'est que nous sommes naturellement convaincus d'être naturellement objectif. La réaction primitive de l'homme est de considérer qu'il a accès, par l'entendement et les sens, à la réalité du monde - car son cerveau est ainsi fait. Il doit raisonner pour dépasser ce réflexe.

 

Or la compréhension de l'autre, et, partant, son acceptation, ne sont pas concevables sans objectivité - laquelle n'est pas naturelle. Pour vivre en harmonie avec ses semblables, l'homme est donc condamné à l'intelligence.

 

Et ça, cher lecteur, ça, c'est un drame. Peut-être le drame de l'humanité.

 

Mais on peut tenter d'en atténuer la portée.

 

C'est dans cet esprit que nous vous invitons à vous pénétrer de cette réalité - si totalement que vous en ayiez non plus seulement connaissance, mais conscience, comme vous avez conscience d'exister ; nous voulons vous inviter, donc, à prendre conscience de ce fait capital :

 

L'homme est un filtre.

(Et ça change tout).

 

Bob Willard

11/03/2011

Publié dans société

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