Du protectionnisme (lettre à Bill Bonner)

Publié le par Robert Willard

"Monsieur Bonner,
 
Nous comprenons que, selon vous, le marché récompense et sanctionne naturellement les efforts et les vertus des uns, et les erreurs et les vices des autres : le seul obstacle à une vie économique harmonieuse sur cette terre étant l'intervention des politiques. Ainsi de la Crise actuelle (ou Grande Correction, ou tout ce que vous voulez avec une majuscule), "crise du crédit" rendue interminable et finalement plus douloureuse par les différents plans de relance et autre absurdités keyneso-populistes. Nous avons compris tout cela.
 
Mais nous vous lisons depuis bientôt dix ans et en avons soudain assez de la posture simpliste que vous affectez. Vous traitez tout le monde de crétin, réduisez la crise actuelle à une seule crise du crédit, et ne proposez rien d'autre pour en sortir, finalement, que le chèque en blanc à M. Le Marché - qui se trouve être le pire crétin de la bande !
 
M. Le Marché aime le retour sur investissement - en fait, il n'aime que ça. Et donc, les bas coûts lui sont irrésistibles. Pour ça, M. Le Marché adore la Chine, ce pays de rêve où les ouvriers sont payés à coup de bols de riz et servent un outil  de production ultra-moderne - coûts de production minimum garantis !
 
Obnubilé par ces bas coûts comme un ruminant par un chiffon rouge frénétiquement agité, M.Le Marché ne voit pas que l'industrie chinoise semi-esclavagiste ruine l'industrie occidentale. Il fait prospérer l'une au prix du dépérissement de l'autre, si bien que le résultat, pour son propre développement global, est quasi nul. Si il était un peu moins abruti, il chercherait un moyen de faire prospérer l'une ET l'autre. Mais voilà qui dépasse de loin les capacités de sa cervelle mononeuronale.
 
Ce moyen est bien entendu le protectionnisme. Le protectionnisme empêche les produits fabriqués par des esclaves gratuits d'entrer frontalement en concurence avec des produits fabriqués par des ouvriers rémunérés. Le protectionisme permet à deux économies structurellement déséquilibrées d'échanger profitablement, sans vampirisme de la plus avancée par l'autre. Il est l'élément indispensable à la croissance harmonieuse et parallèle des disparates économies du monde. Et ce, plus qu'il ne l'a jamais été. 
 
Bien entendu, il s'agit là d'une vision long-termiste des choses - que M. Le Marché, cette andouille  myope, n'aura jamais. Du profit, le plus possible, le plus vite possible, voilà bien tout ce qu'il entend. Il sprint toujours et partout, sans considération pour la distance à parcourir : il est incapable de gérer son effort. C'est pourquoi il a besoin d'un coach - ce fameux "politique" que vous vouez aux Gémonies, M. Bonner.
 
Nous aimerions vraiment vous lire sur ce sujet, dont nous comprenons difficilement comment vous pouvez l'ignorer avec une telle constance.  Nous pensons qu'il est au moins autant LE sujet que ne l'est la crise du crédit (qui, pour partie, en est d'ailleurs un corrolaire).
 
Dans cette attente,
 
Très cordialement,
XR"
 
Bob Willard
11/04/2010

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